Capitaine de l’équipe d’Allemagne pour cet Euro 2022, Alexandra Popp s’est imposée comme l’une des joueuses majeures de ce championnat d’Europe. Une performance notamment soulignée par ses six réalisations depuis le début du tournoi, avec au moins un but par match, et un doublé en demi-finale face à la France. Une régularité encore jamais vu dans une phase finale d'Euro...

 

Joueuse expérimentée de 31 ans, présente en équipe nationale depuis 2010 (119 sélections), Alex Popp n’a pourtant pas remporté l’Euro avec l’Allemagne en 2013, dernier titre européen remporté par la Nationalmannschaft. Blessée à la cheville quelques semaines avant le tournoi, elle manquera aussi l’Euro 2017 suite à une blessure. En revanche, elle avait contribué à remporter la médaille d’or olympique en 2016 à Rio, régulièrement titularisée en attaque par Silvia Neid.

Cette consécration olympique avait marqué la fin d’une génération du football allemand, avec la retraite sportive de joueuses comme Melanie Behringer, Annike Krahn ou Saskia Bartusiak, championnes du monde en 2007 avec l’Allemagne. Alexandra Popp fait alors partie des joueuses qui ont repris le témoin pour assumer un rôle de cadre au sein de l’équipe nationale.

En effet, si c’est d’abord la Lyonnaise Dzsenifer Marozsan qui est désignée comme capitaine après les Jeux de Rio, Alex Popp héritera du brassard début 2019, après avoir été dans un premier temps vice-capitaine de la sélection allemande.

 

Revenue de loin

Pourtant, au coup d’envoi de l’Euro, rien n’indique qu’Alexandra Popp pourra se retrouver titulaire à la pointe de l’attaque. C’est d’abord Lea Schüller qui est pressentie pour débuter les rencontres à ce poste, et c’est d’ailleurs ce qui se produit face au Danemark. Lea Schüller dispute la première heure de jeu, marque, avant d’être remplacée par Alex Popp, qui elle-même trouve le chemin des filets en fin de match.

Plusieurs raisons expliquent alors la situation d’Alex Popp, capitaine et pourtant loin d’être assurée d’une place dans le onze allemand. La raison la plus évidente tient au fait qu’elle avait été blessée pendant de longs mois entre avril 2021 et mars 2022, touchée au genou droit, et opérée à deux reprises, en mai 2021, puis en janvier 2022 après une rechute. Revenue à la compétition en mars dernier avec Wolfsburg, elle a donc bénéficié du report d’un an de l’Euro, qu’elle n’aurait pas disputé s’il avait eu lieu à l’été 2021, comme initialement prévu.

Alex Popp a été plusieurs fois touchée par des blessures ces dernières années, au genou et au pied, avec pour conséquence une présence en pointillé en équipe nationale. Cela s’en ressent dans ses statistiques devant le but, puisque avant l’Euro, elle n’avait plus marqué depuis novembre 2019. C’était à Wembley, en match amical face à l’Angleterre !

 

La confiance de sa sélectionneuse

De retour sur les terrains, Alex Popp a été testée positive au COVID-19 à la mi-juin, pendant la période de préparation de l’Euro. Une infection qui se révèle finalement sans conséquence sur ses performances ou sur sa présence au sein de la sélection allemande. Au-delà de cet aspect physique, il faut également créditer Martina Voss-Tecklenburg de son choix de maintenir Alexandra Popp dans un rôle d’avant-centre, alors qu’elle ne l’occupe plus en club depuis plusieurs années.

En effet, Alexandra Popp évolue plutôt au milieu de terrain avec son club de Wolfsburg, en soutien des attaquantes ou parfois même devant la défense. Une flexibilité qui traverse la carrière de l’internationale allemande, amenée à jouer au poste d’arrière gauche au début de sa carrière dans les années 2000, avant de s’installer durablement dans un rôle plus offensif.

Du côté de Wolfsburg, ce sont des joueuses comme l'attaquante polonaise Ewa Pajor ou Tabea Wassmuth (également présente dans la sélection allemande pour l’Euro) qui évoluent aujourd’hui à la pointe de l’attaque des Louves. Malgré cette évolution, Alex Popp reste aussi la meilleure buteuse en activité de la sélection allemande (59 buts), et elle bénéficie de la confiance de sa sélectionneuse, Martina Voss-Tecklenburg, qui veut la voir évoluer en attaque.

 

Parer à toute épreuve

Avant l’Euro, Alex Popp dit justement avoir travaillé spécifiquement pour retrouver ses sensations, dans un rôle d’avant-centre, la « position préférée » d’Alexandra Popp. La capitaine allemande et sa sélectionneuse se connaissent bien. En 2009, lorsque Alexandra Popp remporte la première de ses trois coupes d’Europe, avec le club de Duisbourg, c’est Martina Voss-Tecklenburg qui est alors son entraîneure.

La volonté de Martina Voss-Tecklenburg de faire jouer Alex Popp en attaque se justifie pleinement pour une autre raison. En effet, elle dispose d’un milieu de terrain déjà riche en talents, comme cet Euro l’a de nouveau démontré. L’Allemagne n’avait pas besoin d’une autre solution au cœur du jeu. À l’inverse, l’attaque allemande apparaissait très jeune, avec des profils talentueux, mais peu expérimentés derrière la titulaire Lea Schüller.

L’Allemagne disposait donc d’un « plan B » idéal, une joueuse prête à prendre le relais ou a disputer des bouts de match dans un rôle de « joker ». Lorsque Schüller a été touchée à son tour par le COVID-19, avant le second match de l’Allemagne face à l’Espagne, c’est donc presque naturellement qu’Alex Popp l’a remplacée à la pointe de l’attaque. Une option parfaitement en phase avec une équipe d’Allemagne agressive et portée vers l’avant, y compris lorsqu’elle n’a pas le ballon.

 

Haut et fort

À titre d’exemple, les deux buts allemands face à l’Autriche partent d’un pressing gagnant initiée par Alexandra Popp sur la gardienne autrichienne, Manuela Zinsberger. Elle est aussi dotée d’un jeu aérien exceptionnel, aussi bien pour marquer (quatre buts de la tête depuis le début de l’Euro), que pour dévier des bons ballons vers ses coéquipières. Alex Popp a donc permis à la Nationalmannschaft de disposer d’une solution évidente, à l’inverse, par exemple, de l’équipe de France après la blessure de Marie-Antoinette Katoto.

Cet apport d’Alex Popp sur le terrain ne se résume pas à ses buts. On a pu le voir contre l’équipe de France en demi-finale, match au cours duquel elle était chargée de défendre (plutôt avec réussite) sur Wendie Renard, lorsque les Bleues obtenaient des coups de pied arrêtés dangereux. C’est aussi un leadership reconnu par ses coéquipières, capable de parler « haut et fort » quand « quelque chose ne va pas », comme l’indiquait Kathrin Hendrich, lors du retour de Popp en sélection au printemps.

Un leadership régulièrement salué par ses coéquipières depuis le début du tournoi, à l’instar de Sara Däbritz, Lina Magull mais aussi de la sélectionneuse allemande Martina Voss-Tecklenburg. Autant de qualités qui seront de nouveau mises à l’épreuve ce dimanche sur la pelouse de Wembley. Avec la Coupe du monde, l’Euro fait partie des rares trophées qui manquent au palmarès d’Alexandra Popp. Une occasion idéale de le compléter.

 

Photo : UEFA

 

=> Euro 2022 : le programme et les résultats du tournoi

Hichem Djemai