La réaction amère du coach du PSG, Didier Ollé-Nicolle, après la défaite cuisante 6 à 1 contre Lyon, au Parc OL. Une défaite qui vient tout juste 4 jours après la révélation de l'affaire Hamraoui, agressée à coup de barre, en compagnie d'Aminata Diallo, qui semble aujourd'hui sortie de cette affaire de son coté. 

 

Journaliste - Est-ce que l'agression de Kheira Hamraoui, ça a tout de même pesé sur les esprits des Parisiennes ce soir ?

Didier Ollé-Nicolle - L'historique des rencontres OL-PSG de ces dernières années, montre que ça a toujours été des matches très serrés, âprement disputés, et le deuxième point historique, en 10 matches toutes compétitions confondues officielles, on n'a pas pris de buts, avec une équipe solide et bien organisée, qui jouait au foot, et ce soir dès qu'il y a eu un grain de sable, on s'est rendu compte qu'il y avait eu beaucoup de fatigue mentale, personne n'a pu répondre présent. Et puis vous connaissez ces joueuses, elles sont très accrochées à leur maillot et à ce type de match, on savait que c'était un match très très important. 

Ce n'était pas de gaité de coeur [de demander le report], je ne vais pas pleurer sur notre sort, voilà il y a eu un résultat, qui a été réalisé par les Lyonnaises, mais pas contre la vraie équipe du PSG. Il n'y a rien qui nous arrangeait de ne pas jouer le match, on s'était préparé pour jouer ce match, après un match costaud contre le Real (mercredi en Ligue des Championnes, victoire 4-0, ndlr). Après les évènements on fait que tout est devenu plus sombre dans l'atmosphère. 

Après avoir parlé foot, je ne suis pas psychologue, l'équipe a été très très entourée, depuis quelques jours, par un organe psy qui a décelé, et c'est ce qui a fait la demande du report du match, elle ne fait pas partie du PSG, qui a trouvé le groupe très très très touché par ce qui s'est passé, d'où la réflexion du club. On a vu ce soir avec l'ouverture du score qui est venue trop facilement pour les Lyonnaises, qui ont mérité la victoire par rapport aux évènements, mais qu'ont pas joué contre notre [vraie] équipe, et l'expulsion a été indigérable par l'équipe, menées à 10 contre 11, on n'avait pas les forces pour revenir.

 

Journaliste - Quel sentiment prédomine ce soir chez vous ?

D. O.-N. - Quand on perd un match et qu'on prend un score si sévère, on est déçu, on rentre la tête et on se remet au boulot. Puis c'est de notre faute, on règle les problèmes, qu'est-ce qui a fauté, pourquoi, comment, est-ce que c'est un aspect tactique, est-ce que c'est une joueuse en l'occurrence [qui a fauté], on se rend compte avec les faits du match, on ne prend pas de buts de la saison, et là on prend - dès que c'est devenu un peu compliqué - des buts sur coups de pied arrêté. 

Le sentiment c'est la frustration de ne pas avoir pu faire le match qu'on voulait faire, par rapport à la qualité de notre équipe, de nos joueuses et puis aussi beaucoup de déception pour les joueuses, pour ce groupe, car il a morflé, on a vu un groupe très très abattu, pas beaucoup de force pour réagir. 

Je ne parle pas trop des instances, mais quand on veut vraiment développer le foot féminin, donner une belle image, comme ça a été le cas mardi soir contre le Real Madrid qu'on arrive à attirer du monde, il faut qu'il y ait du spectacle, des acteurs.
Après le score c'est le score, bravo aux Lyonnaises qui ont gagné, elles ont fait ce qu'elles avaient faire, elles ont su tirer parti d'une équipe touchée.
Après je me pose quand même beaucoup de questions quand on fait du sport de haut niveau, derrière il y a une éthique du football féminin et quand il arrive quelque chose comme ça - dans notre championnat il n'y a que 12 équipes, ça mériterait qu'il y ait plus d'équipes pour intéresser vraiment ce championnat - donc il y a plein de dates pour jouer ce match là, et c'est vraiment même dommage pour tout le monde pour le coup, car les gens ont vu des buts, mais ils n'ont pas vu un grand match, avec de l'opposition, avec du suspens, et c'est incroyable que les instances ont pas écouté, et vu qu'il y avait un groupe qui était dans la détresse. Vous vous rendez compte du bruit que ça a fait, tout ce qui s'est passé, je ne parle pas de l'affaire, je parle des conséquences, depuis quelques jours pour préparer le match.

 

Journaliste - Les mots au vestiaire après le match

D. O.-N. - On a dit que c'est comme ça, il fallait vite récupérer, vite switcher sur autre chose. Vous savez il y a des psychologues, qui se sont occupés de l'équipe, et ils ont décidé de revoir l'équipe après le match, parce que avant le match pendant 24/48h l'idée c'était d'essayer de faire en sorte qu'on les mettent pas dans ce circuit-là, qu'on les concentre sur le jeu, l'affaire n'est pas terminée, vous le savez bien.

Il y a beaucoup de gens qui sont touchés, donc l'idée c'est de, autant d'habitude un entraineur après des défaites cuisantes comme ça prend ses responsabilités lui, sur peut-être des choix, après on avait notre équipe, qui jouait habituellement, on appuie aussi où ça fait mal, parce qu'il y aussi des joueuses qui n'ont pas répondu présentes, qui n'ont pas répondu aux consignes, mais là c'est quelque chose de complètement différent [elles étaient impactées à cause de cette affaire]. Ce soir l'idée c'est de faire en sorte que tout ce groupe repart humainement, psychologiquement le mieux possible et le plus vite possible.

 

Journaliste - Sur le choix de positionner Elisa De Almeida au milieu de terrain 

D. O.-N. - On parle des conséquences, mais il y a aussi des conséquences purement sportives, par rapport au fait que on a deux numéro 6 au club [Aminata Diallo et Kheira Hamraoui] qu'on a relancé en début de saison, qui ont du travailler beaucoup, pour revenir après des années compliquées, et qui petit à petit sont revenues - paradoxalement - en équipe de France il y a 3 semaines, depuis tout est parti un petit peu en vrille, donc voilà il fallait trouver une solution, c'est la joueuse [Elisa De Almeida] qui me semblait la plus apte à jouer dans ce rôle-là.
Pour deux raisons, défenseure centrale, numéro 6 pour jouer à l'exterieur, dans un milieu à trois, avec deux joueuses normalement Dabritz et Geyoro qui sont capables de prendre les choses en main, de travailler, de jouer surtout, c'est important d'avoir quelqu'un de stable à ce poste-là et Elisa l'est. C'est une très bonne joueuse, mais vous avez vu aussi, elle n'a pas fait le match qu'on attendait d'elle. Elisa était très touchée, comme les autres, et deuxièmement c'est un poste qu'elle connaît, elle a joué pas mal de matches à ce poste-là avec Montpellier la saison dernière, et en terme de qualité depuis le début de saison, elle mériterait de jouer, et puis tous les observateurs ont loué la qualité de notre charnière centrale, depuis le début de saison, Dudek et Ilestedt et on se rend compte pour ça, que c'est un peu plus dur pour Elisa de jouer dans cette zone-là.
Pour moi c'était aussi dans ce moment particulier, avec ce contexte, c'était aussi un signe que je voulais lui donner par rapport à la situation assez compliquée, que plus particulièrement je comptais sur elle. 

 

Journaliste - Le championnat de France a-t-il été faussé ce soir ?

D. O.-N. - Certainement, certainement, puisque les deux équipes étaient invaincues, il aurait pu y avoir un vainqueur, sauf si quelqu'un d'entre vous pense que cela n'a pas eu de conséquences, mais certainement ça a eu de grosses conséquences, ça a gâché nous [notre état d'esprit], on était blessé psychologiquement et moralement, ce n'était pas facile d'entendre parler que de cela. 

C'était difficile de trouver une petite place pour le foot dans ces moments-là, surtout pour préparer un match avec toute l'exigence que nécessite un match à jouer contre Lyon. Si la direction du club du PSG a demandé ce report ce n'était pas pour ne pas le jouer, mais on sentait qu'il y avait un groupe très très touché, et par rapport a l'éthique ce n'était pas bien, c'est un gros pavé dans la marre du foot féminin qui a été lancé, mais c'est la vie, c'est le sport... 

On va travailler psychologiquement, humainement, c'est un match, mais il y en a encore beaucoup, la route est très très longue, il y a un championnat, et une coupe d'Europe, maintenant il faut qu'on se soigne rapidement.

 
Dounia MESLI