Dans une longue interview qu'elle nous a accordé en live sur Facebook mercredi dernier, Camille Abily revient sur les moments marquants de sa carrière, son envie de devenir coach ou encore les échecs frustrants de l'équipe de France A ! Entretien.

 

Article connexe => Camille Abily (coach-adjointe à l'OL): "On se prépare pour reprendre [...] si les conditions sanitaires le permettent"

 

Coeurs de Foot - Tout d'abord j'aimerai évoquer les faits marquants de ta carrière. Quel est le match en club et en sélection qui t'ont le plus marqué en tant que joueuse ? 

Camille Abily - C'est dur... C'est peut-être un match où on a perdu? mais je vais essayer de me rappeler plus du positif. En club, c'est la première finale de Ligue des Champions en 2011 qu'on gagne parce que ça faisait un moment qu'on voulait la gagner. C'était l'année où je reviens des États-Unis donc forcément, il y avait une pression supplémentaire et l'équipe avait joué Potsdam l'année d'avant mais perd aux penalties. On rejoue le même adversaire [l'année suivante] et on gagne donc ça reste un de mes meilleurs souvenirs en club.

En sélection, toujours en 2011, cette Coupe du Monde, en Allemagne et ce match face à l'Angleterre qu'on gagne aux penalties, c'était vraiment fort au niveau émotion surtout que le soir, on apprend qu'on est qualifiées aussi pour les Jeux Olympiques vu que l'Allemagne avait été éliminée face au Japon. Oui ça reste un moment très fort.

 

CDF - Et quelle joueuse t'a le plus impressionné quand tu jouais ? Celle qui a été agressive sur le terrain, qui t'a empêché de jouer comme tu le voulais ?

C. A. - Il faut que je me rappelle ! (rires)

Sincèrement mon côté [carrière de] joueuse, j'ai oublié beaucoup de choses... (elle réfléchit) Je pense à Shirley Cruz, alors j'ai joué avec elle mais quand elle était partie au PSG, et que moi j'étais toujours à Lyon, je me rappelle que c'était toujours des matches très difficiles, parce qu'elle est très accrocheuse, c'est une très très bonne joueuse. Et puis surtout une superbe coéquipière avec qui j'ai adoré jouer. Elle a pu être très embêtante, quand j'ai joué face à elle.

 

CDF - Et le coach qui t'a le plus marqué ? 

C. A. - ​Gérard Prêcheur ! Je l'ai eu cinq années en formation à Clairefontaine, il m'a tout appris et ce qui est beau, c'est que plusieurs années après, on s'est retrouvés à l'OL et on a gagné tous ces titres ensemble. Ça reste pour moi le meilleur coach que j'ai eu d'un point de vue football tout simplement. A chaque séance, on apprenait des nouvelles choses. Il est très fort !

 

CDF - Tu essaies un peu de répercuter ça en tant qu'adjointe de l'équipe première féminine de l'OL peut-être ?

C. A. - Oui (sourire), je parle souvent de lui à Jean-Luc [Vasseur] et il me chambre souvent parce qu'il me dit tout le temps "Je sais Gérard Prêcheur..." (rires). On en rigole ensemble, mais bien sûr que je me sers des expériences positives que j'ai pu avoir et d'autres un peu plus négatives, mais ça sert toujours. C'était pas ma manière de voir les choses dans le football, mais pour me construire en tant que coach aussi [ça m'a beaucoup appris]. 

 

"C'était juste magique pour le football féminin."

 

CDF - On va revenir un peu en arrière. En 2015, tu avais dit dans une interview accordée à So Foot que la seule chose que tu envies au foot masculin, c'est les stades pleins. Est-ce tu penses que le foot féminin aura sa propre économie un jour ? On le voit en Angleterre, en Espagne... 60 000 spectateurs, c'est énorme.

C. A. - Que sur certains matches [pour l'affluence en Espagne]. 

C'est vrai, j'aimerais [qu'il y ait la même chose en France]... Chez les garçons, la plupart des clubs ont leur stade plein et c'est vrai que les filles - Lyon fait partie des meilleurs clubs d'Europe mais - il n'y a pas tout le temps [des stades pleins].

Bien sûr que face au PSG, il y a du monde et c'est génial. Mais ce qu'on souhaiterait, c'est que tous les matches soient avec cette "atmosphère positive", pour que ça transcende vraiment sur le terrain [les joueuses]. J'espère mais c'est compliqué [d'avoir de grosses affluences dans le foot féminin]. Par contre, ce que j'ai vu à la Coupe du Monde, c'était magnifique ! De voir tous ces stades pleins, cet engouement, c'était juste magique pour le football féminin.

 

CDF - Est-ce que la France est trop "macho" ? Ils sont trop foot masculin et pour eux, le foot féminin, ça passe à la trappe.

C. A. - Il n'y a pas que la France ! Il faut être réaliste. Pour l'instant en Europe et même aux Etats-Unis, on peut voir que même si les Américaines sont championnes du monde, ont été championnes olympiques de nombreuses fois, elles galèrent aussi.

C'est un peu partout pareil, mais ce qui fait plaisir, c'est de voir certains pays comme l'Espagne ou l'Italie, qui pour moi à la base est un pays, un peu plus macho que nous, progresser de ce côté-là.

Je sais qu'en France, ça commence à venir [ce progrès de mentalité] mais je pense qu'il faut encore continuer à se battre.

 

CDF - Quand on voit des clubs arriver de nulle part comme l'AC Milan, l'Inter, la Juve, ou encore la professionnalisation en Angleterre et la convention collective des joueuses en Espagne. Je trouve que c'est un peu de la jalousie par rapport à l'OL de ces clubs, qui veulent gagner la Ligue des Championnes eux aussi avec leur section féminine. 

C. A. - Charlotte Lorgeré en a parlé un petit peu tout à l'heure, je pense que "l'image" [que Lyon dégage], les grands clubs aussi des autres pays se rendent compte qu'une équipe féminine performante, c'est super pour l'image. Et puis, on parle beaucoup d'égalité en ce moment - même s'il y a le coronavirus actuellement, mais avant ça on en parlait beaucoup - d'égalité homme/femme. Au niveau des entreprises, au niveau du sport, je pense que ça peut aussi redorer l'image de certains.

 

CDF - Le football féminin est un incroyable vecteur de valeurs ?

C. A. - Bien sûr ! Pour en avoir discuté avec pas mal de partenaires de l'OL féminin, c'est ce qu'ils sont venus chercher aussi. Ils viennent juste pour l'équipe féminine et pas forcément pour l'équipe masculine parce qu'ils disent qu'ils ont besoin, pour leur image, de montrer qu'ils s'investissent chez les femmes et qu'elles sont l'avenir de l'homme. Pour eux, c'est vraiment important. 

 

"Qu'on nous respecte en tant que joueuse"

 

Léo Corcos - Ton avis sur la part que doit prendre le football féminin, pour cette égalité homme/femme justement ?

C. A. - C'est compliqué. Après, on sera jamais (blanc) égal [au foot masculin], c'est impossible [trop de retard]. Le foot masculin, à l'heure actuelle, c'est quelque chose de "grandiose" entre guillemets, on ne pourra pas [être à la même hauteur, en terme d'économie, de popularité], mais au moins au niveau des conditions [de travail, il faut faire un effort]. 

En tout cas, moi je suis de l'ancienne génération et peut-être que la nouvelle dira autre chose, mais ce que nous on voulait, c'est qu'on nous respecte en tant que joueuse et pour être respectée, c'est avoir des bonnes conditions, avoir des stades, des vestiaires et avoir du public en gros. 

C'est juste ça je pense, et déjà si on arrive à ce que les matches de football féminin soient filmés de la même manière que les garçons, qu'ils soient mis au même niveau en terme de communication.

 

CDF - Je pense que la communication c'est la base et on a l'impression que certains clubs sont dépassés. C'est assez frustrant de se dire que c'est facile mais qu'en même temps, c'est compliqué, on le sait, mais c'est obligatoire à faire ?

C. A. - Oui la communication est obligatoire et la popularisation du football féminin passe par là.

 

CDF - Une question un peu compliquée, mais est-ce que tu a des regrets dans ta carrière ?

C. A. - Oui bien sûr (émotion). J'en ai et c'est ça le pire. Oui, j'en ai déjà avec l'équipe de France. Bien évidemment. J'ai parlé des bons souvenirs parce que c'était des bons souvenirs comme la Coupe du Monde 2011. Les Jeux de 2012, enfin il y en a tellement, la Coupe du Monde 2015 et le quart de finale qu'on perd aux tirs au but face à l'Allemagne (blanc). 

Il nous a toujours manqué quelque chose. Certains disent qu'on a pas eu de chances, mais à partir du moment où ça se répète, ce n'est pas de la chance, c'est qu'il a manqué autre chose. D'un point de vue mental, d'un point de vue détermination, on a l'équipe mais qui n'est pas assez forte pour moi.

 

"Bien sûr les Jeux de 2012, quand j'y

repense, presque je peux pleurer, vraiment."

 

CDF - Ça te travaille à vie ces désillusions en fait ? Vous faites beaucoup de sacrifices, vous travaillez énormément, vous ne voyez pas vos familles et vous devez vivre en plus avec des échecs ou des désillusions ? 

C. A. - Oui après [on n'y pense pas trop] c'est quand on m'en reparle... Bien sûr les Jeux de 2012, quand j'y repense, presque je peux pleurer, vraiment. Cette demi-finale [perdue] face au Japon... Et individuellement, c'était un petit peu compliqué avec Bruno Bini. Je ne jouais pas, j'étais remplaçante, alors que je sortais d'une très belle saison avec l'OL, donc c'était très compliqué. 

Et quand tu vois que c'était l'année où on pouvait avoir la médaille - peut-être "le plus facilement" entre guillemets - car on avait une super équipe... Et voilà, on ne l'a pas eu et on ne se rend compte qu'on ne pourra pas dire "On essayera la prochaine fois" parce qu'on les a jamais eu. C'est compliqué.

 

CDF - Je voulais aussi revenir sur tes passages à Montpellier, au PSG, à Lyon. D'où vient cette rivalité entre Paris et Lyon ? Avant, c'était Lyon-Juvisy [Paris FC] et ça a basculé entre Paris et Lyon, comment tu l'expliques ? Un coucou d'ailleurs aux OL Angelles, le KOP fenottes, le CUP...

C. A. - Je trouve que la rivalité entre Paris et Lyon est moins forte, que celle entre Lyon et Juvisy. Parce que c'était entre équipe professionnelle contre équipe amateure, chacun défendait "ses idées", donc c'était assez tendu (sourire). 

Paris, c'est venu avec le fait que les coachs sont passés de Lyon à Paris. Le fait que Farid Benstiti et Patrice Lair sont partis et eux, avait forcément très envie de gagner, donc ils reboostaient les joueuses. Nous on ne voulait pas perdre notre ancien coach, il y avait cette petite rivalité et je pense qu'elle aussi beaucoup venue de ça parce qu'en sélection, ça se passait vraiment bien.

 

CDF - Il fallait surmonter le cap des clubs en sélection ?

C. A. - On le faisait vraiment parce que sincèrement, ça allait. Avec Juvisy, c'était parfois un peu plus tendu (rires) [à l'époque].

 

CDF - Il y avait un peu de jalousie et un peu d'envie [des Juvisiennes de l'époque]?

C. A. - C'était plus des déclarations [d'avant-match] pour titiller un petit peu comme tu dis [qui nous hérissaient].

Même si on dit que les filles ont moins d’ego que les garçons, on en a quand même un petit peu (sourire), donc on a envie de montrer la supériorité d'un club. 

 

CDF - C'est vrai qu'à Lyon, vous ne parlez pas beaucoup dans les médias, alors que les autres clubs essayent de vous toucher par ce biais ? Mais ça vous galvanise ?

C. A. - Oui, en plus je ne pense pas que ça soit la bonne méthode parce qu'au contraire, ça nous touche un petit peu et ça nous donne encore plus de force [le jour du match]. 

Mais pour l'instant, Lyon c'est les meilleurs et ils n'ont pas à envier qui que ce soit... Pour l'instant et j'espère que ça durera le plus longtemps possible (sourire).

 

CDF - L'année dernière, tu nous avais dit que coacher l'équipe de France te tenterait dans quelques années. C'est encore dans ta tête ?

C. A. - Comme je l'ai dit, je progresse, je suis dans l'évolution. L'année dernière, j'étais avec les U15 de l'OL, cette année j'ai eu la chance d'intégrer le staff professionnel en tant que 2e adjointe, mais j'apprends au quotidien. 

Bien sûr adjointe c'est bien mais un jour, j'aimerais être numéro un. On verra où, mais j'aimerais bien à l'OL car ça fait partie de mes ambitions et l'équipe de France bien sûr, si un jour ça doit arriver mais là, c'est grandiose. Chaque chose en son temps, vraiment.

 

"C'est pas parce qu'on a été une bonne joueuse,

qu'on sera un bon entraîneur"

 

CDF - C'est une suite logique de ton parcours de footballeuse, cette envie de transmettre et de ressentir à nouveau l'adrénaline du terrain ? C'est un peu ça l'envie d'être coach de ton coté ?

C. A. - Oui, bien sûr mais l'année dernière, quand j'étais avec les U15, j'avais déjà cette adrénaline. C'est ça qui était fou. Je ne pensais pas réussir à retrouver les mêmes émotions que j'ai pu vivre en tant que joueuse. C'est différent mais je prenais tout autant de plaisir et même en championnat garçons [avec les U15], on jouait en district, mais c'était énorme et c'est vrai que quand on est sportif de haut niveau, quand on est compétiteur ou compétitrice, on a toujours besoin de ces émotions là. 

C'est pas parce qu'on a été une bonne joueuse, qu'on sera un bon entraîneur et c'est pour ça qu'il faut apprendre, écouter aussi les conseils des anciens.

 

CDF - Tu as suivi le Mondial en France de très près. Il y a des joueuses qui ont énormément de talent en équipe de France et c'était assez frustrant de voir cette élimination face aux Etats-Unis (2-1)Syanie avait dit lundi (lors du Live Facebook #1), que c'était un peu "le hasard" du calendrier, qu'on rencontre les Etats-Unis trop tôt...

Syanie Dalmat - Alors, pas le hasard (sourire), mais j'ai trouvé que le tirage n'avait pas été bien fait et je pense qu'on aurait jamais dû tomber contre les Etats-Unis en quart de finale.

C. A. - C'était pareil. Je me rappelle du Canada en 2015, ils sont ultra protégés [les joueuses et le staff de l'équipe canadienne]. Il y avait l'Allemagne et les Etats-Unis d'un côté et eux, ils sont tout seul. A chaque fois, on a l'impression qu'il n'y a rien de notre côté. Je te rejoins par rapport au calendrier, c'était compliqué pour la France mais après, si tu veux gagner, tu es obligé de battre tout le monde. 

 

"On n'a pas assez de matches où on peut jouer au très haut

niveau et je pense que c'est ce qu'il manque à l'équipe de France."

 

CDF - Mais est-ce qu'en interne, il y a eu de la jalousie ? Est-ce que les cadres comme Amandine Henry, Eugénie Le Sommer, Sarah BouhaddiWendie Renard avaient du mal à intégrer les nouvelles, est-ce qu'elles étaient gênées d'être avec les cadres ?

C. A. - Franchement, elles s'entendaient vraiment super bien. Avec les échos que j'ai eu, ça se passait vraiment bien, l'ambiance entre elles était superbe. Ce n'était pas du tout par rapport à ça. Je reviens sur ce que j'ai dit au début, on n'est pas assez tueuses, on n'a pas la rage de vouloir gagner et c'est ce qu'il nous manque. Et peut-être aussi j'avais pensé mais on en n'a pas parlé, avec un championnat plus homogène, l'accumulation des matches et avec tous les matches joués, c'est difficile d'être durant 6-7 matches de très haut niveau. 

Aux Etats-Unis par exemple, leur championnat au niveau de l'intensité, chaque match c'était une intensité où tu ne pouvais pas jouer à 80%. Elles ont cette habitude à enchaîner les matches de très haut niveaux, et je pense que nous les Françaises, même si on a plus de talent que certaines équipes comme la Suède qui a fini 3e, il n'y a pas photo [entre elles et nous]. C'est sur que si on les joue en amical cette année là, qu'on va les battre sauf qu'elles, physiquement, elles ont plus cette capacité à enchaîner les matches. C'est pas la qualité du préparateur physique, je le connais pas donc je ne jugerai pas, mais c'est surtout qu'on en fait pas assez. On a que 22 matches de championnat dans l'année, mais on n'a pas assez de matches où on peut jouer au très haut niveau et je pense que c'est ce qu'il manque à l'équipe de France. 

 

Théodore Genoux - Le fait qu'il n'y a que deux gros matches sur la saison de très haut niveau, c'est compliqué aussi de développer le foot féminin en France de cette façon ?

Je suis complètement d'accord, ça joue deux matches [contre le PSG] et tu ne les joues pas rapprochés [donc l'intensité n'est pas au rendez-vous]. Parce qu'il y a les tournois comme le Tournoi de France, avant l'Algarve Cup et la SheBelieves Cup mais là, on a pu le voir sur le Tournoi de France où toutes les équipes tournent vachement. Si c'était des matches de compétition [officielle], tu ne fais pas tourner, tu as 13-14 joueuses qui jouent, on sait comment ça se passe... Donc au final, on ne prépare pas assez nos joueuses à enchaîner ces matches de haut niveau.

Je pense qu'il nous manque quelque chose en France et j'irai chercher plus sur cet aspect mental, et techniquement les filles sont fantastiques.

 

"Quand j'ai vu le dénouement, la déception des filles après le

quart de finale [au mondial 2019], je n'ai pas regretté"

 

Nicolas Jambou - Tu disais être frustrée de ne pas jouer devant des stades pleins. Le fait d'avoir arrêté un an (en club, ndlr) avant la Coupe du Monde, alors que tu étais encore bien physiquement. Est-ce que tu as regretté de ne pas faire partie de ce groupe pour finir ta carrière ?

C. A. - Quand j'ai vu le dénouement, non ! (rires)

Quand j'ai vu le dénouement, la déception des filles après le quart de finale, je n'ai pas regretté car j'étais déjà triste sans jouer, donc je n'imagine même pas si j'avais été dans le groupe.

Mais par contre le match d'ouverture, je m'en rappelle, j'avais un petit pincement au cœur [sur l'ambiance] au Parc des Princes face à la Corée [du Sud] et c'est vrai que j'aurais bien aimé être sur le terrain ce jour là.

Mais l'arrêt de ma carrière, c'était vraiment un choix [réfléchi]. Je n'avais pas envie d'être là pour être là. Si j'avais fait cette Coupe de Monde, c'était pour être à mon meilleur niveau et apporter quelque chose à l'équipe de France. Je ne savais pas si j'aurais été capable et c'est pour ça que j'avais décidé d'arrêter auparavant.

 

CDF - Elodie Thomis a dit en gros qu'elle avait arrêté avec le football, quand ça a commencé à la dégoûter, est-ce que c'est ton cas aussi ? 

C. A. - Le foot, c'est ma passion, j'aime toujours ça. Il m'arrive encore à l'entraînement de jouer un petit peu avec les filles et ça se sera toujours le cas, j'aime trop ça. 

Je pense que c'est plus les "à côté". Les mises au vert, partir loin, les grandes compétitions où partir 1 mois et demi voir 2 mois. C'était compliqué pour moi, et surtout qu'en France, on est assez strict sur les règles, c'est difficile [d'en avoir tout le temps à suivre]. 

Je l'ai dit par le passé, j'ai eu la chance de jouer aux Etats-Unis, j'ai pu voir une gestion complètement différente autour des équipes et peut-être que si ça avait été comme ça, si les joueuses jouent jusqu'à 38-39 ans, c'est peut-être pour ces raisons-là. On n'est pas dans la même gestion d'équipe, mais en tout cas pour moi, ça n'aurait pas été possible de continuer par rapport à tout ça. 

 

CDF - Tu voulais te consacrer à ta vie familiale ? 

C. A. - Oui, bien sûr. Par rapport aux enfants et j'en avais marre - peut-être que c'est bête - qu'on me dise comment je dois m'habiller et à quelle heure je dois manger. Les mises au vert, c'est à 19h qu'on doit manger, tous les samedis, on mangeait des haricots et des pâtes etc J'en avais marre de tout ça et c'était plus par rapport à ça, et les samedis soirs à l’hôtel, c'est assez déprimant pour moi...

 

Théodore Genoux - Tu as fait pas mal d'années à l'OL ? Quelle année vous êtes vous senties les plus fortes et tu as trouvé l'équipe imbattable ?

C. A. - Je pense que c'était en 2012. C'est là où on fait - alors j'ai peur de dire des bêtises - mais je crois qu'il y a une fois où on fait 22/22 (trois fois, en 2010/2011, 2012/2013 et 2014/2015 depuis la fusion en 2004, seulement 22/19 en 2012, ndlr). En 2012, on a vraiment été fortes et je me rappelle qu'on avait une semaine qui était décisive, on jouait le PSG le dimanche en championnat. On devait gagner [ce match] parce que Juvisy à l'époque qui faisait une très belle saison aussi. Le jeudi on avait la finale de Ligue des Champions contre Francfort et on gagne 2-0 à Munich devant 50.000 Allemands donc fallait être costauds. 

Et le dimanche, on joue contre Juvisy pour être champion [de D1 féminine] et on gagne 3-0 à Juvisy. On a cette capacité - qu'on je parlais d'enchaîner en sélection - à enchaîner trois matches de très haut niveau en une semaine, et je pense que c'était l'année où on était vraiment les meilleures. 

Je me rappelle aussi, cette année-là, un championnat du monde des clubs un petit peu officieux où on a été jouer au Japon contre une superbe équipe japonaise et on avait gagné 2-1 là bas. Je pense que c'était une des plus belles équipes de l'OL.

 

 "Il faut que tu sois performante parce que sinon, c'est

quelqu'un d'autre qui va jouer [à ta place]"

 

Léo Corcos - Comment est-ce qu'à l'Olympique Lyonnais, étant donné le statut du club, de la forme du club, on se motive chaque saison à se dire "On repart, un nouveau championnat, une Ligue des Champions" parce que le club vise toutes les compétitions ? Comment est-ce qu'on se motive quand on sait qu'on est assez au dessus des autres équipes ?

C. A. - Pour moi, il y a deux choses. Déjà, c'est dans les gênes du club, dans le gêne des joueuses. Je prends un exemple tout simple, je jouais avec les filles dans une session où il n'y avait pas grand monde. Un moment, j'avais perdu mais j'avais les nerfs, c'est plus fort que moi. C'est vraiment cette envie de gagner qui est en nous pour la majorité des cadres et je pense à Wendie [Renard] qui déteste perdre. Et Sonia Bompastor qui je pense est l'une des plus grandes compétitrices aussi, donc il y a le fait qu'on déteste perdre pour la plupart des joueuses. Et le recrutement, les filles qui arrivent en voyant cet ADN et elles se mettent dedans. Elles le voient, à l'entraînement, c'est pour gagner : un tennis-ballon, on va être à fond et on va vouloir le gagner.

La deuxième, c'est à chaque fois le fait d'avoir un effectif important, en tout cas pour ma part, je me disais qu'à chaque match "Il faut que tu sois performante parce que sinon, c'est quelqu'un d'autre qui va jouer et elle sera performante parce que c'est une top joueuse." Donc si je veux garder ma place dans le 11 titulaire (sourire), il faut que je sois bonne. C'est une source de motivation, parce que j'avais envie de continuer à jouer.

 

CDF - Par rapport au départ de Sarah Bouhaddi et de Dzsenifer Marozsán, est-ce que tu penses que l'OL va perdre un peu de son niveau lors de la prochaine saison ?

C. A. - J'espère pas mais c'est sûr que c'est dur parce que c'est deux très grandes joueuses. Elle fait partie des meilleures gardiennes du monde, donc ça va être un manque pour l'OL, mais on fait tout pour le combler. 

Mais on ne regarde pas que les qualités techniques [chez une joueuse]; car on va devoir trouver quelqu'un qui va vite s'intégrer, vite être capable de performer avec notre équipe. Et puis "Maro" [Dzsenifer Marozsán], ce n'est pas encore acté, donc j'espère encore qu'elle change d'avis, mais si c'était le cas, oui bien sûr [on va avoir du mal à la remplacer]. Au niveau technique, ce qu'elle est capable de faire sur un terrain, c'est magnifique. Ça va être difficile mais après, je peux comprendre aussi Sarah [Bouhaddi] qui a des envies de voir ailleurs, de découvrir autre chose. Elle n'est plus toute jeune et elle a envie de découvrir un autre championnat. Là personne comprend mais forcément moi je suis déçue parce que j'aurais préféré qu'elle reste avec nous.

 

Photo : Ryszard Dreger

Karim Erradi & Dounia MESLI