Invitée sur le deuxième Live Facebook de Coeurs de Foot (avec Théodore Genoux, ex-coach Albi en D1, Léo Corcos, journaliste France Bleu ou encore Nicolas Jambou, journaliste l'Equipière), Camille Abily a réagi longuement et sans détour aux problématiques qui touchent actuellement le football féminin en France - depuis l'épidémie du covid19 et le confinement - mais également de l'équipe de France A, qui enchaîne désillusion sur désillusion, dont la dernière Coupe du Monde 2019. Son sentiment à ces sujets !

 

 

Coeurs de Foot - Est-ce que tu peux juste rappeler aux gens qui nous suivent, ce que tu fais aujourd'hui stp ?

Camille Abily - Depuis que j'ai arrêté ma carrière, c'est déjà ma deuxième saison, mais j'ai l'impression que ça fait une éternité, alors que ça ne fait que deux ans finalement que j'ai raccroché les crampons (sourire). J'ai la chance d'être toujours à l'Olympique Lyonnais, le Président [Jean-Michel Aulas] m'a proposé une reconversion. L'année dernière j'étais avec les jeunes [U15] de l'Olympique Lyonnais et maintenant j'ai intégré le staff professionnel [de l'équipe première] en tant que deuxième adjointe [de Jean-Luc Vasseur]. 

 

 "Il n'y a pas de titre de Champion de France

tant que la saison n'est pas terminée"

 

CDF - Aujourd'hui on vit une période très difficile avec le covid19, est-ce qu'il faut se baser sur le classement actuel et mettre un terme à la saison, ou continuer la saison quand cela sera possible en décalant la prochaine saison - puisque les deux clubs de D2 ont déjà validé leur montée, avec la décision de la FFF - ou alors une saison blanche, donc repartir avec les mêmes clubs de D1 la prochaine saison et avec l'obligation d'intégrer les deux clubs qui montent ? Tout cela reste encore flou, mais quel est ton sentiment à ce sujet Camille, en tant qu'ancienne joueuse et responsable à l'OL actuellement ?

C. A. - C'est vrai que c'est compliqué au vue de la situation actuelle, on ne sait pas encore si on va pouvoir reprendre, on l'espère toujours en tout cas... Ce qui est sûr c'est que la Fédération va essayer de faire en sorte qu'on puisse reprendre, si les conditions le permettent. Mais là vu la situation actuelle, si jamais le championnat [de D1] devait s'arrêter, pour moi par rapport à la décision rendue par la FFF concernant la D2, le fait que ça a été arrêtée [et les montées validées selon les classements actuels], je ne vois pas pourquoi nous [la D1] ça serait différent [et on continuerait à jouer lors du déconfinement]. Soit il y a deux descentes [en fonction du classement de D1 actuel, Metz et l'OM descendraient en D2] ou alors on augmente le nombre de participants en championnat élite la saison prochaine. Mais en tout cas je ne vois pas comment on peut dire que [ça peut continuer], on sait qu'il y a deux clubs qui montent [le FF Issy et le HAC] donc... En plus il y a Metz qui est détaché (12e au classement avec 2 points, ndlr) tout comme Marseille (11e avec 6 points, à 7 points de Soyaux, premier non relégable) si je ne me trompe pas, il faudrait que je revois le classement, parce que je regarde plus souvent le haut du tableau que le bas (sourire). Après il y a un titre aussi en jeu, [plusieurs même], mais pour moi il n'y a pas de titre de Champion de France tant que la saison n'est pas terminée, c'est compliqué [de se baser sur le classement actuel]. 

Je suis d'accord sur le fait que ça serait injuste d'arrêter et de se baser sur le classement actuel, alors c'est vrai qu'il ne restait que six journées [en D1], donc ça serait cruel pour Metz et Marseille, mais je ne les voyais pas [sortir de la zone de relégation], parce qu'il aurait fallu tout gagner sur les six dernières journées, ça me paraissait quand même improbable.

Moi j'ai une anecdote [un peu similaire], c'est lors de l'Euro 2013 entre le Danemark et la Russie, [la qualification] c'était à la pièce, et la Russie a été éliminée sur ça, c'est vraiment du hasard, ce n'est même pas une question de carton jaune de plus ou autre [comme on a pu le voir lors du mondial masculin en 2018]. Pour moi elles ont eu leur chance [les joueuses de Metz et de l'OM de rester en D1] et pour moi si ça devait s'arrêter là et qu'elles descendent, elles auraient dû être plus performantes sur la première partie de saison.

Après le PSG c'est différent, elles sont à trois points et ils peuvent accrocher l'OL [pour le titre], donc je comprendrais qu'ils peuvent être frustrés si le championnat ne va pas à son terme et que c'est Lyon qui est sacré [par rapport au classement actuel], parce qu'il y avait encore ce match retour (qui devait se jouer le 14 mars dernier lors de la 17e journée, ndlr).

 

CDF - Comment tu vis le confinement, est-ce que tu continues de prévoir l'éventuelle reprise de ton côté avec l'OL ? Quel est ton avis dessus ?

C. A. -  Oui, bien sûr, depuis le début du confinement et de l'arrêt des championnats [on continue de travailler]. Normalement on devrait sortir du confinement le 11 mai, nous en tout cas avec le club on se prépare pour reprendre les entraînements, par petits groupes si les conditions sanitaires le permettent, mais on se prépare pour ça, après on verra, ce n'est pas sûr que ça se fasse. On aurait peut-être quatre semaines de préparation, pour préparer les filles au maximum pour être prêtes dès mi-juin.

 

"C'est un peu déplacé [...] en sachant que toute la

population ne pourra pas être testée..."

 

CDF - Les solutions pour reprendre la D1 : masque et test pour tous les acteurs du football ?

C. A. - Je trouve que c'est un peu déplacé au niveau de ça, car si on devait être testé à chaque fois que quelqu'un doit rentrer sur le terrain en sachant que toute la population ne pourra pas être testée... Moi je trouve que ce n'est pas très juste. Autrement pour jouer avec un masque (conçu spécialement pour les sportifs, ndlr), je pense que c'est impossible. Et je pense que c'est impossible de garder les joueuses un mois et demi ensemble, afin de contrôler qui elles voient ou pas. Et puis après tous les clubs n'ont pas les moyens pour réunir tout le monde et confiner tout le monde dans un même lieu. Certains clubs pourront le faire, mais pour d'autres ça sera compliqué, faut penser à tous les clubs à l'heure actuelle.

 

"C'est sûr que certains clubs seront

mieux préparés à la reprise"

 

CDF - Quelle D1 après le confinement ? Est-ce que tous les clubs pourront revenir au même niveau, est-ce que ça va creuser les problèmes financiers de certains clubs aussi ?

C. A. - Déjà c'est vrai, on le sait sur douze clubs de D1, le niveau est assez hétérogène, même si ça s'améliore un peu, mais il y a encore [des fossés] au niveau des conditions [de travail], c'est très différent d'un club à l'autre, et bien sûr que les filles n'ont pas [toutes les mêmes conditions]...

Je peux prendre le cas de nous à Lyon, les filles avant d'être confinées - toutes celles sur Lyon - ont récupéré un vélo d’intérieur, des appareils de musculation, du matériel, donc elles ont tout pour s'entretenir [physiquement]. On a aussi des GPS pour suivre les activités physiques des joueuses... J'aimerai que toutes les joueuses puissent avoir ça dans le championnat, mais je ne pense pas que ça soit le cas. Alors bien sûr on est autorisé à aller courir dehors [à certaines heures], mais ce n'est quand même pas la même chose que quand on a un programme spécifique avec des tests d'efforts beaucoup plus long sur le vélo, il y a plein de chose qu'on peut faire [avant l'épidémie, qu'on ne peut plus faire]... Donc c'est sûr que certains clubs seront mieux préparés à la reprise, que d'autres. 

 

CDF - La crise du coronavirus va-t-elle plus toucher les clubs féminins que masculins ? Les petits clubs féminins face aux gros clubs féminins ? 

Théodore Genoux - Ça peut creuser l'écart cette crise sanitaire entre les clubs, mettre à mal les petits clubs, recruter des joueuses moins fortes, avec des joueuses françaises plus chères qu'avant, donc je suis un petit peu inquiet pour la D1 que ça soit encore plus hétérogène à la reprise.

C. A. - Je pense que les gros clubs, même s'il y'aura une petite baisse financièrement [au niveau de la trésorerie] - comme l'ensemble du football, pour les garçons et pour les filles - vont s'en sortir, alors que ça restera plus compliqué pour les petits clubs [qui ont un petit budget], certainement !

 

"Avec de meilleures équipes, tous les matches seraient

peut-être plus intéressants à suivre"

 

CDF - Quel avenir pour la D1 et avec combien d'équipes selon toi ? D1 à 16 (comme en Liga Iberdrola en Espagne) voir 20 équipes peut être comme en Ligue 1 ?

C. A. - Je suis un peu partagée, parce qu'il y a le côté développement où bien sûr il faut augmenter le nombre d'équipes en D1, je pense au FC Nantes, le Havre qui commencent à mettre les moyens, mais le niveau en D2 n'est pas encore homogène. Peut-être qu'il va y avoir encore de la disparité [entre les clubs], donc il y a encore ce petit laps de temps jusqu'à ce que tout le monde se raccroche à la locomotive [de Lyon et Paris], qui va peut-être être un peu difficile [au vu de l'avance de ces clubs].

Mais c'est sûr que si on avait un championnat où il y avait moins d'équipes, avec de meilleures équipes, tous les matches seraient peut-être plus intéressants à suivre. Toutes les meilleures joueuses dans dix équipes par exemple [au lieu de douze actuellement en D1], ça augmenterait le niveau, mais ce n'est pas ce que je prône [aujourd'hui]. Après je suis un peu partagée sur les solutions pour le développement du football féminin. C'est difficile de répondre à cette question en fin de compte.

 

CDF - Beaucoup évoquent également le retour de la D3 pour élever le niveau en D2 et in fine en D1 ? Théodore Genoux évoque même une D2 à seize équipes.

C. A. - Moi je trouve que c'est une bonne idée la D2 une poule [de seize équipes], mais c'est un problème financier pour l'instant [qui nuit à cette possibilité]. Le fait de diviser en deux groupes, c'est une question géographique, c'est parce que ça évite les déplacements trop long, les nuits d'hôtels, les frais de restauration... Pour l'instant les clubs [de D2] ne peuvent pas [assumer autant de frais] et comme ils ne sont pas assez aidés, alors je ne dis pas que c'est de la faute à la Fédération, mais je pense qu'il faut plus les accompagner si on veut une D2 à seize équipes. A l'heure actuelle, c'est compliqué de passer de R1 à D2 [pour les clubs], c'est un fossé qui est énorme, et puis de D2 à D1 également. Je connais moins la D2 mais je vois que les équipes qui montent c'est quand même assez difficile pour la plupart.

 

"Il y a forcément des équipes qui seront

lésées et d'autres avantagées."

 

CDF -  J'aimerai évoquer également l'annulation des barrages pour la R1 et les montées en D2 cette saison (du FF Issy et du HAC), qui sont grandement remise en cause par les supporters, notamment ceux de Saint-Etienne, qui trouvent cela totalement injuste. Qu'est-ce que tu en as pensé en lisant ça aussi de ton côté ? 

C. A. - Oui c'est vrai et j'ai suivi un petit peu, j'ai lu quelques articles qui ont en parlé. C'est difficile, à partir du moment avec ce qui se passe à l'heure actuelle [la pandémie du covid19] c'est quelque chose qui n'est jamais arrivée, donc la Fédération a dû troncher, a fait des choix, et c'est vrai que par rapport à Saint-Etienne c'est assez dur, parce qu'ils se sentent lésés.

Maintenant ils ont fait appel, on verra si ça va donner suite, mais je sais que chez les garçons c'est arrivé aussi, parce que j'ai lu que c'est l'AS-Vitré qui descend en national 3, qui n'est pas trop d'accord non plus, donc il y a pas mal d'équipes qui ne sont pas contentes. A partir du moment où le championnat ne se terminera pas, où il est arrêté, il y a forcément des équipes qui seront lésées et d'autre avantagées.

 

"Ca aurait été l'idéal si [la professionnalisation] ça

avait été fait un peu plus tôt"

 

CDF - Deuxième sujet : Doit-on aller vers une professionnalisation de la D1 ? Est-ce que ça devient obligatoire maintenant, mais est-ce que ce n'est pas trop tard en France même comparé à d'autres pays ? 

C. A. - C'est sûr que ça aurait été l'idéal si ça avait été fait un peu plus tôt [même si rien est fait dans ce sens jusqu'à présent], on peut voir que les autres championnats avancent, nous le notre - même si on a la chance d'avoir Lyon et Paris qui sont des supers locomotives au niveau de la Champions League - est moins attractif peut-être pour certaines joueuses, pour les faire venir (à l'image de Sam Kerr, qui a préféré Chelsea à Lyon ndlr).

Donc bien sûr que l'idéal ça serait que le championnat [de D1] soit professionnel, que toutes les équipes puissent être professionnelles, que toutes les filles puissent avoir de bonnes conditions de travail. On parlait d'équité tout à l'heure, pour que ça soit le plus juste possible, c'est que tout le monde puisse s'entraîner dans les meilleures conditions et ne faire que ça, ou alors avoir un petit job à côté, mais qui soit plus un plaisir, une passion, qu'une perte d'énergie [au vue de l'intensité des entraînements et des matches]. Pour moi ça serait l'idéal de professionnaliser [la D1], mais pour ça il faut aussi que la Fédération mette les moyens, parce que les sponsors ne permettront pas pour certains clubs de professionnaliser leur section féminine et in fine tout le championnat.  

 

"Il faut un salaire minimum pour

aider les joueuses"

 

CDF - Est-ce qu'il faut selon toi faire des contrats avec un salaire minimum pour la professionnalisation, pour permettre aux joueuses d'avoir que ça en tête, même si comme tu le dis il y aura toujours des joueuses qui voudront garder leurs études ou boulot à côté ?

C. A. - Oui pour cela il faut un salaire minimum pour aider les joueuses, mais ce sont surtout les infrastructures. Déjà avoir un vestiaire digne de ce nom, avoir un endroit où ranger le matériel etc Et j'imagine quand on change de stade souvent, qu'on a pas un lieu dédié à sa section féminine, même pour les joueuses pour les coachs, ce n'est pas possible. Donc il faut déjà que les clubs soient structurés dans ce sens là, c'est ça la professionnalisation, c'est pas juste payer les joueuses au-dessus du SMIC, c'est avoir des structures qui leur permettent les meilleures conditions d'entraînement.

Après pour moi ça serait une évolution si chaque club, peut avoir ses structures là, et soit capable de payer une somme, même si c'est 800€, pour que la joueuse puisse vivre du foot. Moi quand j'ai commencé à Montpellier c'était comme ça, même si c'est il y a longtemps, mais si les joueuses peuvent déjà s'entraîner le matin et avoir même une activité l'après-midi, qui n'est pas une activité physique forcément, je pense qu'elles peuvent très bien s'en sortir en D1 et au contraire certaine en parle, le double projet il est important, les études sont importantes, parce que maintenant les jeunes joueuses, elles ont tendance à dire "je veux être joueuse professionnelle et j'abandonne mes études" mais ce n'est pas une solution non plus. Si on leur propose dès qu'elle sorte d'un centre de formation ou d'un pole espoir, 1500€ ou plus, elles vont tout de suite tout arrêter [le reste] et ce n'est pas la solution non plus. Pour moi c'est d'abord structurer les clubs et après payer plus les joueuses, parce que les 800€ qu'elles touchent pour certaines, si ton loyer est pris en charge, tout comme ta voiture à disposition, avec cette somme tu peux quand même bien t'en sortir [seule]. 

 

CDF - Troisième sujet : est-ce que l'OL et le PSG seront toujours au sommet de la hiérarchie lors de la prochaine saison, quand cette épidémie sera enfin maîtrisée et stoppée selon toi, ou dans un futur ? Peut-on s'attendre a une hiérarchie potentiellement bousculée à terme ? 

C. A. - Ce sont les dirigeants qui ont le pouvoir de donner les moyens ou non à leur section féminin. Si à l'OL ça fonctionne, c'est parce que Jean-Michel Aulas a décidé d'avoir une équipe féminine performante. Le jour où il ne sera plus là, on ne sait pas ce qui va se passer. Maintenant ça fait partie des mentalités, ça changera avec le temps, mais Marseille avait misé sur sa section féminine au départ et pour Bordeaux, je trouve que ceux qu'ils font c'est génial. En quelques années, en investissant un petit peu et intelligemment, on est capable d'avoir une équipe qui peut-être fera la Ligue des Champions, parce qu'il pourrait y avoir potentiellement une troisième équipe de qualifiée. Ça va rendre notre championnat beaucoup plus attractif ! 

Le projet de Bordeaux semble plus solide que celui de l'OM à leur début en D1, et Bordeaux pouvait même finir deuxième cette saison, si Lyon battait Paris et que Bordeaux gagnait tous leurs matches après.

La section féminine de l'OL n'est toujours pas très rentable pour le club, mais en termes d'image, les joueuses ont beaucoup apporté à la ville de Lyon (finale de la Coupe du Monde 2019 à Lyon, ndlr). 

 

"Le coach quand il gagne

on peut rien lui dire pour moi"

 

CDF - Quatrième sujet : L'Equipe de France des non-appelées. Est-ce qu'il faut donner sa chance à des joueuses qui ont prouvé en D1 leur potentiel mais qui n'ont jamais été appelées ou très très rarement sous Diacre ? Quelles joueuses mériteraient leur place selon toi ?

C. A. - Oui (franc) bien sûr, bien sûr. Après Corinne Diacre a gagné le Tournoi de France [2020] - même si elle n'a pas gagné la Coupe du Monde - c'est ça au football, le coach quand il gagne on peut rien lui dire pour moi. Mais en tout cas moi si j'étais entraîneur de l'équipe de France, c'est sûr qu'il y a des filles dans les "non-appelées" que j'aurai sélectionné, parce que je suis un petit peu et certaines sont performantes. Maintenant je pense que Corinne Diacre base son groupe aussi sur la durée, elle a parlé également d'état d'esprit et c'est comme ça qu'elle construit son groupe.

Après à mon sens je ne pense pas que dans les 23 joueuses appelées pour la Coupe du Monde 2019, qu'on est des joueuses - je vais peut-être être un peu dure - capables de jouer au très très haut niveau. Donc si on rajoute celles qui ne sont pas appelées, c'est compliqué. Je prends l'exemple de la jeune Estelle Cascarino (âgée de 23, ex-joueuse de l'OL U19 de 2009 à 2016, ndlr), que je connais bien, qui a de la qualité, mais là elle est entrain de découvrir [le haut niveau avec Bordeaux notamment], elle a encore une marge de progression, elle a encore des paliers à franchir, mais pour l'instant elle est loin d'avoir le niveau international et quand je dis cela, ce n'est vraiment pas méchant, c'est une super joueuse, je l'a connais bien et c'est une très bonne jeune. *

 

"L'après "ancienne-génération" en équipe de France A

(Henry, Le Sommer, Renard, Bouhaddi...) va être difficile quand même."

 

L'après "ancienne-génération" en équipe de France A (Henry, Le Sommer, Renard, Bouhaddi...) va être difficile quand même. Pour parler de l'après Wendie Renard [pour l'équipe de France], l'après d'Eugénie Le Sommer, ou d'Amandine Henry et co, il va être compliqué quand même en équipe de France. Il faut préparer ces jeunes en leur donnant justement déjà un petit peu de temps de jeu, en leur faisant découvrir le haut niveau, mais il va falloir les préparer pour l'après "ancienne-génération", puisqu'elles vont être la nouvelle génération et il va falloir qu'elles soient prêtes au niveau mental surtout je dirais. C'est là que pour moi c'est le plus important et qu'il faut qu'elles franchissent des caps encore ! 

Ce qui est difficile, c'est qu'en fait les jeunes quand elles sont en D1, on ne leur donne pas peut être aussi assez de temps de jeu, parce que chez les garçons ils ont cette chance, qu'une pépite à 18 ans il aura du temps de jeu en Ligue 1, même si ce n'est pas dans un grand club, il aura du temps de jeu avec une grande équipe, et il fera des matches intenses. Nous c'est un peu plus compliqué, c'est un choix, "est-ce que je reste à Lyon en tant que jeune pour apprendre aux côtés des meilleures joueuses, mais par contre ce week-end je joue très peu ou pas, ou est-ce que je joue dans un club plus bas, pour dire que je joue en D1, mais je n'ai peut être pas les meilleures conditions d'entraînements ?" et c'est là où on doit mieux accompagner les jeunes, parce qu'on a eu des filles qui ont été championnes d'Europe, championnes du Monde (U17 en 2012, ndlr), il y a des joueuses de la génération de Griedge Mbock, qui sont exceptionnelles, Kadi Diani, même après avec Grace Geyoro... Elles sont fantastiques et elles sont installées maintenant. Mais y'a d'autres générations, qui sont arrivées après qui sont aussi douées, mais qu'il faut mieux accompagner [en club, en pôle...] je pense.

 

"Les joueuses sont de moins

en moins patientes"

 

CDF - Donc selon toi, il faut donner plus de place aux jeunes françaises en D1 ?

C. A. - C'est dur, moi c'est la discussion que j'ai beaucoup avec les jeunes à Lyon, nous on est partis un petit peu sur une nouvelle politique cette année avec l'arrivée de Jean-Luc [Vasseur], et avec l'envie de les prêter. Elles s'entraînent quand elles sont encore U19 chez nous, et avec cette envie qu'elles aillent s’aguerrir un peu ailleurs, pour justement jouer en D1. Mais après c'est un choix.

Je me rappelle d'Amel Majri, qui arrivait toute jeune à l'OL, qui a été patiente [avant d'intégrer la D1]. On en a parlé un petit peu auparavant, les joueuses sont de moins en moins patientes, elles veulent tout de suite jouer, elles veulent tout de suite gagner je ne sais pas combien d'argent, ce n'est pas comme ça que ça va venir.

 

"On en n'a pas énormément des bonnes

joueuses en France"

 

CDF - Dans les joueuses non-appelées ou très rarement par Diacre, beaucoup pense que Hamraoui devrait être appelée plus souvent en équipe de France. Quel est ton sentiment à ce sujet ?

C. A. - Je trouve c'est vrai que Kheira Hamraoui - alors je ne sais pas si elle a sa place dans le onze d'entrée ça dépend du système de jeu aussi - pour moi elle aurait mérité d'être un peu plus vue dans le groupe. Selma Bacha également, moi je l'a vois [régulièrement], je pense que c'est vraiment une très bonne joueuse, même si je suis d'accord entre Perle Morroni, Sakina Karchaoui, il y a vraiment du très haut niveau aussi, ce sont vraiment deux très bonnes joueuses. Mais quelques fois il y a des joueuses [qui n'ont peut-être pas leur place], pour moi il faut quand même prendre les meilleures joueuses, même si des fois il y a plusieurs joueuses [qui méritent], il faut aussi voir en fonction du système de jeu, si elles peuvent s'adapter, faire en sorte que toutes les meilleures joueuses soient réunies. Comme je l'ai dit on en n'a pas énormément des bonnes joueuses en France, j'espère qu'il y en aura plus dans le futur, mais on ne peut pas se priver à mon avis des très bonnes joueuses.

 

Photo : Maya Mans

Dounia MESLI