Avant leur choc des demi-finales contre Lyon, ce mercredi 26 août, pour ce final 8 de la Ligue des Championnes, Olivier Echouafni et Ashley Lawrence ont répondu aux questions des journalistes avec beaucoup de pragmatisme et d'humilité.

 

Journaliste - C'est la quatrième confrontation face à l'Olympique Lyonnais cette saison. Comment enfin réussir à battre l'OL ?

Olivier Echouafni - Ça sera la 4e confrontation, mais une confrontation encore complètement différente des autres, parce que c'est la Champions League tout simplement, et c'est pratiquement aussi 2 ans de travail, entre un parcours de 22 matches de matches de championnat, et ensuite les qualifications [pour cette compétition]... 

On l'aborde avec beaucoup de concentration, et de détermination et avec envie de faire une belle performance tout simplement.

 

Journaliste - Sur la rivalité avec l'OL, le statut d’outsider, chance pour enlever de la pression, ou les deux équipes arrivent sur un pied d'égalité, tous les compteurs sont remis à zéro ?

O. E. - Tous les compteurs sont remis à zéro, de toute façon on sait que ce sont des matches difficiles, compliqués. C'est tout à fait logique que l'OL soit favori en tant que tenant du titre, et après avoir gagné 4 fois cette compétition consécutivement (six fois au total, ndlr), automatiquement c'est un statut de favori, qui est pour l'Olympique Lyonnais. 

Maintenant nous on sera aussi présent pour pouvoir réaliser une bonne performance, on sait que ça ne sera pas facile, elles ont beaucoup d'expérience, mais nous on travaille très très bien depuis quelque temps, et on se sent prêt.

 

Journaliste - L'écart se resserre avec l'OL ? Est-ce que ça peut enfin basculer pour le PSG, car l'OL laisse des failles en ce moment ?

O. E.- C'est la grande question que tout le monde se pose et qu'on nous pose tout le temps (sourire). Ça fait partie du jeu [cette question], nous on essaye de notre côté de travailler par étape, de progresser, je trouve sincèrement que notre groupe a franchi un cap, en terme de maturité, je vois les joueuses sont plutôt très concentrées sur ce qu'on met en place au quotidien. 

Et puis elles sont capables aussi de se lâcher et pour moi le véritable exemple c'est celui de Marie [Katoto], parce qu'on lui reprochait beaucoup de ne pas être décisive dans les grands matches et elle a montré à travers sa prestation face à Arsenal, qu'elle a franchi un cap elle aussi. Sur le plan individuel, mais aussi sur le plan collectif, dans le jeu, on est entrain de trouver un peu plus d'automatismes. On est encore malgré tout en "début de saison", même si ça reste un match à enjeux, on sait qu'on va être encore plus fort dans les prochaines semaines.

 

Coeurs de Foot - Comment vous gérez l’excitation de votre qualification en demi finale ? Comme les garçons c’est quelque chose qui peut vous faire passer à côté de ce match contre Lyon, favori, une finale avant l’heure ?

O. E. - Non ce n'est pas une finale avant l'heure, la finale ça sera le 30 août. En tout cas, quoiqu'il se passera au cours de cette demi-finale, il y'aura une équipe française qui sera représentée en finale, pour aller chercher ce titre, donc ça c'est plutôt une bonne chose pour l'ensemble du football français.

Après le match contre Arsenal... Il y'avait de la joie, mais ce n'était pas forcément démesurée, j'ai trouvé les filles déjà dans leurs objectifs d'après, même si elles ont bien fêté cette qualification, mais le plus dur était avant tout de rentrer dans le tournoi. On a réussi à y rentrer, à se qualifier, maintenant il va falloir rester [jusqu'au bout]. 

 

Journaliste - Au sujet de l'apport de Ramona Bachmann, et son sentiment sur le milieu de terrain du PSG

O. E. - On est très content d'avoir Bachman avec nous, c'est une joueuse talentueuse, une joueuse d'expérience, et une joueuse qui va vraiment nous faire profiter de toutes ces qualités, d'abord qualités techniques, capacité de prendre la profondeur, dribbler, nous mettre un peu de folie dans notre jeu, peut-être la chose qui nous a manqué ces dernières années. Donc on est très content de l'avoir, elle est encore dan un stade où physiquement elle est entrain doucement de monter, à l'image de son match contre Arsenal, mais je sais qu'elle est encore loin du compte, qu'elle va encore bien progresser physiquement et une fois qu'elle sera à 100% je sais que ça sera un atout majeur.

 

Journaliste - Programme de ces 3 derniers jours

O. E. - On a accès surtout sur la récupération notamment pour les joueuses qui avaient joué le match, car ce sont des matches qui laissent des traces aussi sur le plan physique, sur le plan mental, sur la débauche d'énergie. 

On a axé surtout sur le fait de récupérer, tout en maintenant une certaine pression à travers quand même l'entrainement, parce qu'on joue tous les 4 jours et on se doit d’être malgré tout un petit peu en activité. On a réussi a sortir de l’hôtel, pour faire un petit tour dans le centre de Bilbao et puis ce matin (mardi 25 août 2020, ndlr) on a visité le stade, parce qu'on aura pas l'autorisation de s'entraîner sur le terrain aujourd'hui, mais on fait confiance aux jardiniers et l'UEFA pour avoir un terrain correct demain (mercredi 26 août 2020, ndlr).

 

Journaliste - Sur le protocole très strict, et la nouvelle version de cette Ligue des Championnes

Ashley Lawrence - Je pense que c'est une situation spéciale, mais le club a mis en place un protocole sanitaire très strict, on a aucun cas depuis la reprise, donc ça montre qu'on est sérieux au sein du club. 

Ça reste toujours la Ligue des Championnes. On a nos objectifs, de gagner des titres, donc même avec ce contexte, on reste concentrés et motivés pour gagner chaque match et à la fin gagner la Ligue des Champions.

 

Coeurs de Foot - Tu es au PSG depuis plusieurs saisons aujourd’hui, tu as su encaisser les désillusions avec beaucoup de sang froid. Ça fait partie d’une vie de footballeuse, de digérer et de se projeter, d’enchaîner et de ne pas se laisser abattre ?

A. L. - Oui je pense, je suis au club depuis 3 ans, et dans le haut niveau il y'a des hauts et des bas. On a affronté Lyon plusieurs fois, et moi en tant que joueuse, j'ai beaucoup d'objectifs personnellement mais aussi collectivement. 

J'ai déjà vécu une finale en 2017 à Cardiff (perdu 1-1, TAB 5-4, ndlr), ce sont des bons souvenirs malgré tout. Mais je pense à l'évolution de l'équipe et des joueuses qui sont venues au sein du groupe, et je pense que maintenant nous sommes plus matures dans notre jeu, on a nos qualités, et ça reste toujours nos objectifs de gagner des titres. 

On le  montre dans notre jeu, notre capacité de créer, de créer nos occasions, de marquer des buts. On est motivés, mais on prend match par match, et à la fin le plus important c'est de rester présente lors de chaque match.

 

Journaliste - Lyon a-t-il un avantage psychologique après la victoire en finale de Coupe de France, il y a quelques semaines de cela à Auxerre (0-0, TAB 5-4) ?

O. E. - Pas forcément. C'est une toute autre compétition, où l’enjeu est aussi de taille, on sait que la compétition de Ligue des Champions demande beaucoup de rythme, d'intensité et d'énergie. 

On s'est bien préparés, même s'il y a eu cette défaite face à Lyon en Coupe de France, mais tout nous sert dans notre apprentissage. On sait que Lyon est une grande équipe, avec des joueuses qui ont une forte expérience, qui jouent régulièrement des matches de haut niveau, mais nous on est là aussi, on apprend en même temps et en apprenant on essaye de ne pas renouveler les mêmes erreurs et de se projeter sur ce qui est peut-être positif pour nous.

 

Journaliste - Ce sont toujours des duels au sommet face à l'OL, après la défaite en Coupe de France, avez-vous un supplément de niaque, et est-ce que ça peut être l'occasion de prendre votre revanche ?

O. E. - Je pense qu'il ne faut pas rentrer dans ce cadre là, comme je l'ai dit tout à l'heure, ce sont des compétitions un peu différentes. L'esprit de revanche, il faudrait dire que à chaque fois qu'on perd contre Lyon, y'a un esprit de revanche, mais je pense que à force d'être dans cette vision-là, ce n'est pas la réalité [qu'on veut garder]. 

Il faut qu'on soit avant tout concentré sur notre jeu, sur ce qu'on a faire. On sait que Lyon est expérimentée, elle a un grand vécu sur ces compétitions-là, mais maintenant ça c'était avant, et maintenant il y'a un après, et l'après c'est toujours ce qui va se passer à partir de demain !

 

Journaliste - Quels enseignements vous a donné cette finale de Coupe de France perdue aux tirs au but, avec une défense à 4 pour Paris, car vous aviez déjà joué à 5 en championnat ?

O. E. - La stratégie, la tactique, que vous jouiez à 3, à 5, à 4 [en défense], je crois que ce n'est le plus important. Je crois que le plus important c'est l’animation que vous y mettez derrière. Vous pouvez très bien jouer à 5 derrière et être très offensif, mais aussi être défensif, mais dans les deux cas de figure... 

Il faut qu'on se donne les moyens aussi de jouer [notre jeu], et ce sont des étapes supplémentaires qu'on met en place au quotidien, une confiance qu'on peut donner aux joueuses sur le terrain. Sur le fait que ça soit Lyon, ou une autre équipe, on est capable aussi de leur poser des problèmes, de les mettre dans la difficulté aussi. Il n'y a pas forcément un schéma de jeu particulier, il y a juste une animation par contre à prendre en compte. 

 

Journaliste - En finale de Coupe de France, il ne manquait pas grands choses pour l'emporter contre Lyon. Qu'est-ce qu'il faudra mettre en plus pour gagner contre Lyon demain ?

A. L. - Je pense que c'est exactement cela, il n'a pas manqué grand chose [en Coupe de France]. 

C'est à nous de rester concentrés sur notre jeu, parce qu'on a créé les occasions, on a montré qu'on est solide ensemble et c'est exactement dans ce sens, je pense qu'il faut continuer. Il faut juste quand on a les occasions, les mettre au fond. 

Ce sont les détails qui comptent, mais à la fin on a fait une bonne prestation. Ça montre notre caractère, même mentalement on pousse et au final il suffit juste de marquer.

 

Journaliste - Sur son poste de latérale droit, après le départ d'Eve Perisset. Comment tu t'habitues à ton nouveau côté ?

A. L. - Très bien, j'ai l’habitude même avec la sélection [du Canada], de jouer latérale gauche et droit, mais avec Paris aussi j'ai déjà changé de côté, juste pour avoir les automatismes, pour jouer, m'adapter avec les autres joueuses. C'était bien de mettre cela en place. 

Maintenant c'est un changement de coté certes, mais ça reste pareil pour moi. Ça peut changer un peu mon jeu, dans ma capacité pour centrer pied droit au lieu du pied gauche, mais je pense que je joue avec les bonnes joueuses et à la fin ça fonctionne bien ensemble.

 

Journaliste - Après la victoire contre Arsenal en quart de finale, Signe Brunn (buteuse héroïque pour le PSG) a dit qu'il y avait important pour vous, c'était "ensemble". Vous avez l'air d'être en mission dans ce final 8 de la Champions League ?

A. L. - Oui je pense, je suis complètement d'accord. C'est ensemble, je pense dès la reprise, même avant, on a travaillé pour cela, c'est la [nouvelle] mentalité de l'équipe. On est collectif, on joue pour le même objectif.

Sur le terrain ça se voit dans notre jeu, on fait les efforts les unes pour les autres. Et ce qui est intéressant aussi, c'est qu'on a les joueuses qui peuvent débuter, qui peuvent entrer et changer le cours du match (à l'image de Signe Brunn face à Arsenal, entrée en cours de match, avant d'inscrire le but de la victoire 2-1, ndlr). Ça c'est un groupe entier, qui va dans la même direction, ça vient des joueuses, du staff, on est ensemble et c'est notre force.

 

Coeurs de Foot - En mars, on sentait Paris un peu faible pour passer Arsenal et aller au bout de cette Ligue des Championnes. Ce final 8 est-ce que finalement c’est un mal pour un bien ? Car vous avez eu peut-être un peu plus de temps pour préparer votre jeu, votre équipe, et d'incorporer de nouvelles joueuses (à l'image de Bachmann)

O. E. - Déjà on est quand même très content de pouvoir terminer (sourire) cette compétition. Je pense que l'UEFA a quand même pris une grande décision, pour pouvoir terminer ce tournoi. Nous on est les plus heureux du monde à pouvoir la continuer et la terminer. 

La formule je la trouve vraiment formidable, maintenant ce qui nous manque avant tout c'est du public, c'est des supporters. Parce que la Ligue des Champions dans son organisation en elle-même, elle reste la même, bien sûr avec toutes les contraintes sanitaires, qui sont quand même très lourdes, prenantes. Mais en même temps, on aime jouer au foot devant du monde, devant des spectateurs, et quand on voit San Mames (Bilbao) aujourd'hui qui résonne sans le moindre spectateur, et demain ça sera le cas aussi, c'est assez particulier.

On essaye encore d'avancer dans ce qu'on met en place. La sérénité est-ce qu'on en a plus maintenant, qu'au mois de mars ? Je ne suis pas certain, mais c'est vrai que les 5 mois passés, nous ont permis de prendre du recul chacun individuellement, que ça soit les joueuses ou le staff, et maintenant collectivement on est reparti pour une nouvelle saison.

 

 

Dounia MESLI