Juste avant le PSG, le coach de l'Olympique Lyonnais, Jean-Luc Vasseur, et sa gardienne émérite, Sarah Bouhaddi ont répondu aux questions des journalistes en conférence de presse. Beaucoup de recul, et une certaine once de confiance avant d'affronter leur rival parisien de ces dernières années, pour le compte des demi-finales de la Ligue des Championnes, sont ressortis de cette conférence lyonnaise.
Journaliste - Sur la santé du groupe (notamment en ce qui concerne Nikita Parris, après son choc contre Benkarth en quart de finale, et Amandine Henry, sortie à la pause, après des douleurs)
Jean-Luc Vasseur - Nikita va très très bien, elle s'est remise de son tampon. Elle a retrouvé toutes ses capacités et concernant Amandine, on a fait des examens. On la manage dans l'espoir de l'aligner demain.
Journaliste - Comment analysez-vous la performance en quart de finale contre le Bayern ?
J-L.V - Satisfaisant dans le sens où on est en demi et c'est la principale volonté et objectif. C'est une confrontation directe, dans un contexte bien particulier. L'essentiel est de passer, il y a eu des choses dans lesquelles on peut s'appuyer et certaines choses qu'il faut améliorer.
Il y a un match demain, il faut être préparé et focus, on garde ce qui est bien et Lyon est en capacité de faire bien plus, mais le principal est de passer.
Journaliste - Sarah, vos coéquipières ont été frustrées dans le contenu du jeu par rapport au match contre le Bayern, est-ce que vous en avez discuté entre vous, identifié des axes d'amélioration ?
Sarah Bouhaddi - Oui on a discuté, après la frustration est normale. On a envie de bien faire, on est des compétitrices, le coach l'a dit on va s'améliorer.
On n'a pas besoin de l'annoncer aujourd'hui, mais ce sont des choses qu'on va mettre en place demain.
Coeurs de Foot - En tant que champion en titre, vous avez un statut de favori. Est-ce que c'est difficile à porter dans ce final 8 ou est-ce que ça donne plus de confiance pour aller au bout ?
J.-L.V. - Je ne pense pas que ça soit compliqué, on est tenant en titre, y'a une série en cours, il faut faire perdurer cette série.
Oui ça passera par ce match de demain, ça reste du football, il y a toujours une part d'incertitude. Notre volonté c'est de venir pour remettre notre titre en jeu et de le remporter de nouveau. Ce ne sera pas facile, mais c'est ce qui nous anime et nous motive aujourd'hui.
Journaliste - Sur le fait que les spectateurs s'attendent à beaucoup de buts
S.B. - C'est vrai que sur nos trois matches contre le PSG, on est proche dans le jeu, on les connait, c'est un match qui se joue tactiquement et mentalement. À la fin c'est l'équipe qui joue mentalement qui gagne.
Demain, c'est un autre match, une autre compétition, donc on va travailler ça avec l'équipe et le staff. On va essayer de rendre une belle copie et ce qui est le plus important.
Journaliste - À quel point l'ascendant psychologique peut compter demain sur le PSG ?
J.-L.V. - Moi j'ai un tout petit historique, mais effectivement on les a joué trois fois et on a eu l'avantage. [...]. Il y a ça qui est en place et on parlait de l'aspect mental sur ces matches-là et c'est ça qui est primordial. Rester maître du jeu est important dans ces confrontations-là.
C'est des championnes [les Lyonnaises], elles ont toujours soif de titres et ça anime l'équipe. Encore une fois, ça reste du foot, il y a des incertitudes, des personnes qui influent dans certaines décisions, mais on se sent fort et prêt pour demain.
S.B. - Je sais pas si pour demain on a plus l'ascendant psychologique, c'est un autre match [que celui en Coupe de France], c'est une autre compétition. Nous, on va arriver avec notre projet, nos valeurs et y'a d'autres aspects qui vont arriver durant le match, mais on va se donner à 100%.
Journaliste - Estimes-tu désormais avoir un ascendant sur les penaltys ?
S.B - Je ne sais pas si j'ai encore l'ascendant, mais j'essaye de l'avoir au maximum et c'est un truc que je travaille énormément avec les coéquipières ou le staff.
C'est un travail d'analyse qui est fait avec l'équipe et j'espère que demain on ira pas aux tirs au but. Notre plaisir, c'est de gagner et de récupérer au mieux [avant les matches à haute intensité].
Journaliste - Avez-vous suivi le match entre Arsenal et le PSG en quart de finale ?
S.B. - Oui j'ai regardé le match contre Arsenal. On n'a pas encore eu de retour collectif, mais c'est un PSG structuré et qui défend bien. A nous d'avoir les clés demain pour casser ce bloc défensif et offensivement, je sais qu'elles aiment bien contre-attaquer, donc à nous d'avoir cet équilibre-là.
J.-L.V. - Elles mettent en avant leur point fort, mais elles ont aussi des faiblesses, à nous de les exploiter. On les connaît sur le bout des doigts, on les a joué en finale de Coupe de France dans un système qui n'est pas le même que contre Arsenal, mais à nous d'être prêt là-dessus. Ça se jouera sûrement au niveau des détails.
Journaliste - Sur le contexte général autour de la Champions League
S.B.- C'est particulier. On est un peu dans notre bulle, on reste concentrés sur notre groupe, on ne se disperse pas. Il faut être prudent, il y a un contexte sanitaire compliqué, donc à nous d'être vigilants.
C'est aussi particulier, car ça se joue sur un match, pas d'aller-retour, donc c'est une compétition différente et ça nous rendra encore plus fortes.
Journaliste - Kadidiatou Diani trouve que l'écart se réduit entre les deux équipes sur les derniers matches. Qu'en pensez-vous ?
S.B.- L'écart se réduit au niveau du score, mais Lyon est toujours devant, on gagne toujours nos compétitions mais là, c'est différent. On peut être vite éliminés, mais on a la mentalité, et on fera le maximum pour aller en finale.
J.-L.V. - Depuis quelques années, y'a eu des finales de Ligue des Champions remportées par Lyon, mais il y a des matches où c'est toujours serré. Le fait qu'elle dit ça aujourd'hui, oui mais ce sera toujours serré et difficile.
Journaliste - Sur le positionnement d'Amel Majri en demi-finale
J-L.V- Et si tu veux je te donne la composition et le plan de jeu (s'agace gentiment).
Avec Eugénie, il y a une forme de complicité, mais il n'y a pas que Amel. Il y a 11 lyonnaises qui seront sur le terrain, je dois compter sur l'ensemble de mes joueuses à ma disposition qui, j'en suis sûr feront la différence à partir du moment où elles rentreront en jeu.
Coeurs de Foot - Pour revenir un peu en arrière au sujet de votre riche carrière et concernant votre longévité incroyable surtout. En 2003 vous remportez votre première trophée en U19 à seulement 16 ans, vous passez des étapes difficiles durant votre parcours après cela. À quel moment dans votre tête, vous étiez dans la bonne dynamique ? À quel moment vous êtes-vous imposée à votre poste selon vous ?
S.B. - (sourire) À aucun moment je ne me dis ça. Je travaille depuis toute jeune, j'avance petit à petit, je grandis aussi avec mon parcours, ce que j'ai aujourd’hui, je me le dois à moi et au petit cercle qui m'accompagne au quotidien.
Cela n'a pas été un parcours facile, mais je me bats tous les jours pour pouvoir réussir [avec Lyon]. Aujourd'hui c'est moi la gardienne de Lyon, je réussi avec Lyon, et un jour ça sera une autre [gardienne], parce que ça sera le moment [pour moi] d'arrêter. Mais pour le moment c'est moi et je fais le maximum pour cette équipe.
Journaliste - Selon Lucy Bronze, c'est une année de Champions League plus difficile. Est-ce également votre avis ?
J.-L.V. - Oui, les coachs en face proposent des choses tactiques, les filles sont de mieux en mieux préparées, et la formule de cette année nous engage à aller au bout en disputant 3 finales, dont celle de demain qui est importante. Donc c'est vrai que c'est beaucoup plus compliqué cette année.
Journaliste - Sur l'entrée de Sara Björk Gunnarsdóttir face au Bayern en seconde mi-temps, pour remplacer Amandine Henry (douleurs)
J.-L.V. - Avant de parler de Björk, je voulais féliciter toutes celles qui sont entrées. Je pense à Selma [Bacha] et Sakina [Karchaoui].
Elle a pris au pied levé le choix de préserver Amandine à la mi-temps, elle a un fort tempérament, apporte un "fight" au milieu de terrain, elle est capable de se projeter et de finir. On est ravi qu'elle ait fait une bonne entrée [contre le Bayern en quart de finale].
Journaliste - Confiance entamée après le quart de finale, qui fut difficile à remporter contre le Bayern (victoire 2-1) ?
S.B. - L'objectif principal était de gagner, c'était serré, on a fait face à une belle équipe du Bayern. Mais pas de doutes spécialement. On en discute tous les jours et notre objectif reste la finale et la remporter. Il ne faut pas se disperser et on travaille tout doucement.
Coeurs de Foot - Ce final 8 est-ce que finalement c’est un mal pour un bien ? Vous avez pu prendre plus de temps pour préparer cette Ligue des Championnes au final (avec le tournoi "Veolia" en marge de la compétition), avec de l'autre côté Wolfsburg qui vous talonne sérieusement également pour le titre ?
J.-L.V. - On est ravi d'avoir repris la compétition, il ne faut pas occulter la situation dans laquelle on est, on est dans une période particulière, le Final 8 nivelle les performances, les forces en présence et le niveau. C'est quelque chose de particulier.
C'est nouveau pour moi aussi, les joueuses n'ont pas connu, on veut aller le plus loin possible, et la gagner. Le Bayern c'était pas facile à jouer, demain non plus [contre Paris]. On doit compter sur nous, nos forces, notre mental, et faire en sorte de bien appréhender ce match et finaliser le mieux possible.
Journaliste - Égaler le Real Madrid chez les garçons, une source de motivation supplémentaire ?
S.B. - Ce qu'a fait le Real est extraordinaire et unique. Nous, on fait notre parcours et il sera unique.
Aucune autre équipe ne pourra faire ce qu'on a fait, mais notre objectif c'est de faire le triplé et aller chercher cette coupe qui nous tient vraiment à cœur.
