Pour la première fois depuis qu'il a quitté l'OL, Gérard Prêcheur se confie sur la raison de son départ, le relationnel avec Jean-Michel Aulas ou encore ses relations avec les Lyonnaises et évoque son envie de revenir sur les terrains, à la tête d'une sélection ou d'un grand club de football ! Interview.

 

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Coeurs de Foot - Vous avez expliqué dans une interview que le cycle d'un entraîneur à l'OL était de 3 ans et qu'il était l'heure pour vous de partir par rapport à la direction. On le remarque avec vos successeurs ou prédécesseurs​ qui restent que très peu de temps également. Comment vous l'expliquez avec le recul ?

Gérard Prêcheur - J'avais toujours dit que je ne m'exprimerai pas sur le sujet, parce que j'ai un profond respect pour l'Olympique Lyonnais qui est un grand club et qui m'a permis de vivre une expérience exceptionnelle. J'ai rencontré des gens fantastiques à l'Olympique Lyonnais, que ce soit au niveau des dirigeants, des ressources humaines, des partenaires, des actionnaires et bien sûr au niveau du staff technique. J'ai eu des excellentes relations avec le staff technique garçons, au niveau des supporters, parce que j'ai trouvé que le club de supporters était exceptionnel à l'Olympique Lyonnais.

Il faut savoir que je n'exprimerai jamais la moindre critique envers ce club. Concernant les différends que j'ai eu avec Jean-Michel Aulas, peut-être qu'aujourd'hui, je peux l'exprimer en toute sérénité et calmement avec aucune volonté de polémiquer. Je suis un décideur et ça fait partie de ma nature. Je prend les décisions dans un rôle d'entraîneur et je considère que c'est tout à fait légitime que l'entraîneur décide, fasse les derniers choix. C'était un peu sur ce deal que j'avais accepté, entre autres [de venir à Lyon]. C'était une des conditions pour laquelle j'avais accepté de prendre la responsabilité de l'équipe féminine de l'Olympique Lyonnais et je respectais bien évidemment la hiérarchie, bien sûr le Président et je connaissais sa personnalité.

Comme je l'ai fait avec mon staff et aucun membre de mon staff ne pourra le nier, j'écoute mon médecin pour l'état de santé de joueuses, j'écoutais mon préparateur physique et c'était encore le cas en Chine. On doit écouter le préparateur athlétique pour avoir l'avis sur l'état de forme. J'écoute mes coachs assistants sur le plan [tactique] et j'ai toujours écouté Jean-Michel Aulas et j'ai toujours dit que je prenais en compte les remarques et les conseils qu'il faisait. Je lui donnais la composition d'équipe en premier et je trouvais ça légitime en tant qu'employeur, il lit en premier la composition d'équipe et le système de jeu qu'on allait aborder le lendemain. Quand on jouait le samedi, on avait souvent une communication téléphonique la veille, je lui faisais un débriefing dès qu'il le souhaitait, après le match ou le lendemain pour faire un retour sur le match et ça faisait partie de ma mission que j'acceptais.

Et je lui ai toujours expliqué que j'écoutais toujours ses conseils mais qu'à la fin, en tant qu'entraîneur, c'était moi qui décidais qui allait jouer et comment on allait jouer. Ça s'est bien passé pendant un peu plus de 2 ans même si, de temps en temps, il y a eu besoin de rediscuter avec le Président qui s'interrogeait sur le choix des joueuses, du système de jeu et autres. Mais à un moment donné, ça a plus été possible parce que j'ai jugé que la ligne rouge était dépassée. C'est à dire au cours d'un match, je sentais que ça allait arriver et qu'il fallait bien voir les choses comme elles sont. Alex [Morgan], avec qui j'ai entretenu de très bons rapports et avec qui j'ai encore de très bons rapports, arrive fin décembre... C'est une recrue fantastique pour l'Olympique Lyonnais sur le plan sportif mais également médiatique et économique. Mais avec Ada Hegerberg, Eugénie Le Sommer, Delphine Cascarino et d'autres, l'année d'avant, on avait fait le triplé et on était encore en course pour le faire [c'était compliqué de la mettre tout le temps].

Au final, j'aurais trouvé ça injuste de dire "Alex Morgan arrive, je retire une joueuse du niveau d'Ada Hegerberg ou Eugénie Le Sommer pour faire jouer Alex Morgan". Surtout que lorsqu'elle était arrivée, elle n'était pas en pleine possession de ses moyens athlétiques, puisqu'elle avait arrêtée la saison aux Etats-Unis en novembre. C'était très difficile, mais c'était le job d'un entraîneur de gérer son effectif. On a fait un turnover avec les attaquantes et j'alternais comme je l'ai fait pendant 3 ans le 4-3-3 et le 3-5-2, mais à chaque fois que je ne laissais pas jouer Alex Morgan pour des raisons sportives, des raisons d'efficacité offensive ou des raisons de coaching pour gérer également les joueuses qui ne jouent pas, j'avais un retour de Jean-Michel Aulas. A chaque fois, je lui donnais les arguments et ça fonctionnait assez bien.

Ce n'était pas facile pour Ada, ce n'était pas facile pour Eugénie et elles l'ont déploré, mais on arrivait à le faire. Jusqu'à ce match en février contre Marseille où je crois qu'on gagnait 3-0 à la mi-temps. J'avais expliqué au Président que j'allais effectivement sortir Alex Morgan et je le prévenais... Je la fais sortir et je ne sais plus si c'est Ada ou Eugénie qui rentre. A la mi-temps, il arrive et il exprime très fortement son mécontentement mais ce qu'il m'a profondément gêné, c'est qu'il ait fait devant le staff et ses joueuses en disant que quand on est entraîneur, on est capable de faire des choix au dernier moment. Et je lui ai dit "Pas moi !". Je n'ai pas répondu, c'est lui le boss, il m'a mis en porte-à-faux et ça, je ne pouvais pas l'accepter.

Il m'a mis en porte-à-faux devant les joueuses et le staff le samedi, et le lundi je lui ai demandé s'il voulait bien me recevoir et je lui ait annoncé qu'à la fin de la saison, quoi qu'il arrive, je ne prolongerai pas mon contrat avec l'Olympique Lyonnais. Le deal n'était pas respecté mais qu'il ne s'inquiète surtout pas, j'ai réuni les joueuses, il restait 17 confrontations et je lui ai dit que quoi qu'il arrive, on va les gagner et c'est ce qu'on a fait. On a gagné les 17 [matches] et on a fait le triplé. Vous avez la véritable raison !

 

CDF - Je pensais que, d'un avis extérieur, c'était les joueuses qui avaient eu leur mot à dire sur votre prolongement ou non...

G. P. - (sourire) Parce que Jean-Michel Aulas a une forte influence sur les médias, que moi je n'avais pas, et je me suis refusé de communiquer... Je n'ai jamais communiqué sur Jean-Michel Aulas, je me serai jamais permis de le faire et je ne l'ai jamais fait.

J'étais un cadre important mais j'étais un employé de l'Olympique Lyonnais [...] j'ai compris que lui ne s'était pas gêné de le faire à mon égard, parce qu'il peut se passer d'un entraîneur ou d'un joueur et on le constate aujourd'hui avec Florian Maurice (ndlr : ex-directeur sportif de l'équipe masculine de l'Olympique Lyonnais), mais on ne quitte pas Jean-Michel Aulas et moi, j'ai fait un crime de lèse majesté, j'ai quitté Jean-Michel Aulas.

 

[...]

 

C'est ça le plus important [la véritable raison]. [...] Mais j'ai passé de très bons moments avec Jean-Michel Aulas. On a eu des après-matchs et des histoires superbes mais je pense qu'il n'y avait rien de personnel [à mon égard]. Il suffit de faire toute la liste des entraîneurs garçons ou filles qui sont passés à l'Olympique Lyonnais, la liste est importante. Quand on fait 3 ans à l'Olympique Lyonnais, je pense pas qu'on est plus qualifié que moi.

 

CDF - C'est une vraie société, l'Olympique Lyonnais, il faut faire rentrer de l'argent en somme (et l'arrivée d'Alex Morgan a apporté une plus grande notoriété et peut-être plus de retombée économique pour l'OL), donc Jean-Michel Aulas est obligé de penser au financier, peut-être parfois au détriment de l'humain ?

G. P. - C'est son style de management. C'est un manager de haut niveau, c'est son style. Je ne me permets pas de juger la façon dont il manage l'équipe. J'ai simplement dit qu'elle ne me correspondait pas.

 

CDF - Est-ce qu'il y a quelque chose dans le foot qui vous a agacé, de vos expériences personnelles ?

G. P. - Même si je sortais de Clairefontaine avec l'expérience de la Fédération, on vit encore en autarcie à Clairefontaine. J'ai fait 14 années à Clairefontaine, un peu dans un cocon, protégé, dans un métier qui n'est pas médiatisé.

Je me retrouve devant les projecteurs à l'Olympique Lyonnais, avec une mission qui est totalement différente. Il m'a fallu un petit peu de temps [pour comprendre] qu'on n'avait pas la même approche sur les médias. [...] J'ai rarement eu des problèmes avec Jean-Michel Aulas. Je ne m'y plaisais pas, on ne peut pas plaire à tout le monde mais c'est beaucoup plus son environnement que moi. Je savais qu'il n'y avait rien de personnel.

Le degré de frustration des gens quand on est bien médiatiques, on est un bon bouc émissaire pour ceux qui ont besoin d'exprimer leur frustration. Mais au niveau des médias, je n'ai pas eu de souvenir d'un moment où j'ai été malmené. Il n'y a eu que 3 ou 4 défaites en 3 ans, donc ils n'ont pas trop eu l'occasion de me malmener (rires). 

 

"Les critiques, j'ai compris assez rapidement que ça faisait partie du job

d'entraîneur et du job à vous, les journalistes."

 

Je suis un compétiteur, j'ai la gagne en moi, j'aime gagner. On va faire une partie de pétanque, de cartes ou tennis-ballon, je vais jouer pour gagner mais non seulement j'aime gagner mais je n'aime pas perdre. Chaque fois que je n'ai pas le résultat escompté, je suis malheureux, je ne suis pas content. Il y a la déception sur le plan émotionnel, mais après, c'est l'analyse. Pourquoi cette contre-performance et quels sont les moyens à mettre en oeuvre pour pas qu'elles se réitèrent.

 

CDF - C'est difficile parfois de prendre les critiques ?

G. P. - Bien sûr que je prenais mal les défaites mais les critiques, j'ai compris assez rapidement que ça faisait partie du job d'entraîneur et du job à vous, les journalistes. A part la première année où ça a été très dur avec l'élimination contre Paris [en Ligue des Championnes] où j'ai peut-être mal réagi, mais je n'avais pas complètement tort parce que j'ai revu ce match - j'ai revu tous les matches de l'Olympique Lyonnais depuis que je suis rentré de Chine (sourire) - et à la fin du match, sur le fond j'avais raison mais sur la forme, j'avais tort.

C'était nouveau et je n'ai plus jamais exprimé un désaccord avec les critiques. Surtout que j'ai déjà compris qu'un de mes points forts, c'est que j'ai rapidement réussi à dissocier Gérard Prêcheur l'homme, de Gérard Prêcheur coach de l'Olympique Lyonnais. Et je savais que les critiques qui étaient formulées, personnelles et non personnelles, ça fait partie du job. Si on ne veut pas de ça, on fait un autre métier.

Je prenais en compte [les critiques]. J'ai toujours eu la chance d'avoir un formateur (qui ne l'est plus aujourd'hui) pour qui j'ai énormément de respect et qui m'a fait comprendre très tôt l'importance de ce relationnel. Dans le domaine de la formation, c'est la même chose. Le nombre de jeunes que j'ai eu comme Kyllian Mbappé ou autres que j'ai marqué par rapport à mes convictions ou par rapport à l'importance que j'accordais au relationnel. Et donc, j'ai toujours compris ces importances.

 

CDF - Est-ce que vous discutiez avec vos joueuses, vous preniez en compte ce qu'elles vous disaient ou il faut plutôt être seul maître à bord ?

G. P. - Les joueuses que j'ai mis en place étant très sensibles à ça, j'avais pas de capitaine, j'avais juste l'opportunité d'avoir Wendie [Renard]. Je pense que l'ensemble des médias et du public ne sont pas suffisamment conscients de l'importance que peut avoir Wendie Renard sur le résultat, tant par sa qualité de joueuse que par ses qualités de leader et son professionnalisme. Je m'appuyais sur Wendie et ce n'est pas simple car elle a une sacré personnalité et on n'était pas toujours d'accord, mais on avait un objectif commun.

Et je me souviens, la dernière année avec Camille [Abily], elles faisaient un trio avec Caroline Seger. Je faisais le point avec les 3, avec le président et avec les joueuses, même sur le système de jeu parce que je suis allé en finale et je n'ai pas joué la dernière finale contre Paris avec le système de jeu que je préconisais parce que je voulais, une nouvelle fois jouer avec un 3-5-2, ce qui nous avait toujours réussi. Les joueuses ne le sentaient pas pour la finale, donc j'ai dit que ce n'est pas la peine de les embarquer. Il faut qu'on soit face, je vais m'adapter et c'est important que l'entraîneur écoute les joueuses cadres.

 

CDF - Comment vous voyez votre futur aujourd'hui ? Est-ce que vous allez revenir en tant que coach un jour ?

G. P. - Écoutez, mon futur ne dépend pas de moi. Aujourd'hui, c'est une situation assez exceptionnelle [avec le coronavirus]. Une expérience très riche où on a gagné, j'ai eu la chance d'être réélu meilleur entraîneur en Chine, gagné la Coupe de Chine, la Coupe des Provinces, etc. Dans un contexte assez différent mais avec des stars, ce qui était bien.

Et depuis que je suis en Ardèche, j'ai eu l'opportunité de pouvoir prendre du recul sur ma carrière et bien formaliser mon projet de jeu, les orientations de jeu, les principes de jeu. J'ai fait des montages vidéo, j'ai des animations. Je suis prêt ! Et je me dis que ce serait hyper frustrant de me dire "C'est pas vrai ! Je ne vais pas pouvoir exploiter cela" parce que si les joueuses m'apprécient, c'est pour mon relationnel mais c'est aussi par ma connaissance du jeu et mes qualités. La connaissance du jeu, que j'ai obtenue avec l'équipe de France garçons entre autres et à la DTN.

Et je me suis dit qu'avec tout ça, ce serait frustrant de ne pas travailler. J'ai refusé une ou deux propositions qui me paraissent un peu compliquée. J'ai des contacts avancés, mais le COVID-19 est en train de tout geler, je ne sais pas quel va être mon avenir... J'espère pouvoir repartir au feu pour pouvoir, une nouvelle fois, optimiser et je dirais opérationnaliser mon expérience et mes connaissances. Mais ça dépendra des dirigeants, des fédérations et ça va dépendre de la qualité de mes agents.

 

"Il n'y a plus qu'à me proposer [pour

coacher une sélection]"

 

CDF - Donc vous pourriez reprendre une sélection ?

G. P. - En 2007, les DTN adjoint me font comprendre que je pourrais succéder à Elisabeth Loisel. Je suis un peu jeune, j'ai tout l'avenir devant moi et Bruno Bini qui oeuvre, c'est à lui que revient cette opportunité. Depuis, déjà à l'époque, on pensait que j'avais le profil, depuis j'ai enrichi mon expérience, mes connaissances à la Fédération, à l'Olympique Lyonnais et en Chine. Il n'y a plus qu'à me proposer mais il y a un parcours, on ne peut pas tout avoir.

[...] C'est peut-être un de mes points forts dans le foot féminin. Je suis arrivé, Aimé Jacquet m'a convoqué dans son bureau et m'a dit "Ok pour le poste de directeur !' et je lui dis "J'ai connu votre génération, j'ai connu la génération Platini, Giresse, Tigana, Genghini, la qualité du football français. J'ai connu votre génération en tant que sélectionneur avec Zidane, Djorkaeff et autres.

 

Nicolas Jambou - Est-ce que vous aimeriez avoir la possibilité de coacher avec votre fils ?

G. P. - Écoutez, là c'est une simple question parce que c'est un des points positifs, c'est que j'ai donné le témoin et il ne l'a pas fait à moitié. Il a fait mieux que le père et si je peux me permettre, l'élève va peut-être dépasser le maître puisqu'il a tout gagné en Chine (le championnat, la coupe, la super coupe et la Coupe des Provinces).

Je serais bien embêté parce qu'il a dit "J'aimerais bien travailler avec toi parce que je veux encore profiter de ton expérience et de tes connaissances". Si je ne le prends pas, ça serait priver d'un des meilleurs assistants. Sur le plan technique et de la loyauté, car on n'a pas parlé de la loyauté. Est-ce que ce serait une bonne chose de retourner avec son père, je ne suis pas sur non plus. Si j'ai une proposition, on aura le temps d'en discuter.

 

"Paris est un grand club, donc bien

sûr que je serais intéressé"

 

CDF - Est-ce qu'un club comme le PSG vous intéresse également ?

G. P. - Dans le football féminin, il faut être honnête, il y a peu de structures qui peuvent m'intéresser. C'est soit une sélection, soit un grand club et Paris est un grand club, donc bien sûr que je serais intéressé. Ce serait malhonnête de dire le contraire.

 

Syanie Dalmat - Quelle est la gestion humaine de Gérard Prêcheur avec ses joueuses ? Comment vous la définiriez ?

G. P. - Alors, il y a un mot que j'aime bien, c'est l’exigence. Je suis d'une exigence extrême, par rapport à moi parce que je ne fais pas de cadeau et je travaille comme un forcené mais quand on est entraîneur, j'ai tout de suite compris qu'il n'y a pas de vie privée et tout son temps, toute son énergie, toutes ses pensées sont [fixés] sur le métier. On se lève avec le football, on prépare le match, on vit le match, on analyse le match et on prépare l'autre d'après. L'exigence avec moi, avec les filles et puis, le respect.

Le fait d'être exigent et passionné comme moi, je ne vais pas dire que j'ai eu des écarts de comportement avec les filles. Elles me le rappellent et je suis gêné quand elles me rappellent les écarts que j'ai pu avoir, mais j'ai aussi un énorme respect et j'ai évoqué la loyauté. Parce que j'ai tellement vécu, j'ai tellement souffert en tant que joueur où le lundi, en fonction de ce que disait l'entraîneur, je savais si j'allais jouer ou si j'allais être sur le banc. Je ne voulais absolument pas être ce type d'entraîneur et donc je me suis efforcé d'être juste. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de joueurs ou de joueuses qui peuvent m'apporter des critiques sur ce plan-là.

Et les filles sont tellement exigeantes, elles me font tellement peu de cadeaux, qu'il ne va pas falloir tricher avec elles. C'est ça qui les rend - en plus de ce que je leur ai apporté sur le plan technique et tactique -, [attachantes] et c'est le formateur qui parle. Quatorze ans de formation à Clairefontaine, on a un bagage. C'est tout ça qui a fait que ça se passait bien et ça se passe toujours bien. Ah mais il y a des joueuses qui aimeraient bien jouer avec moi comme entraîneur, j'ai des joueuses de haut niveau qui me contactent.

 

CDF - L'exigence c'est aussi une façon d'éviter une défaite douloureuse ? Plus on est exigeant et moins on pourra s'en vouloir en cas de défaite ?

G. P. - Oui, certainement ! [...] Je n'ai pas fait la carrière que j'aurais souhaité en tant que joueur. J'ai joué comme un joueur moyen de D2. J'espérais faire mieux et c'est ça, plus l'envie de gagner et la peur de perdre, qui fait que je suis exigent mais je connais peu d'entraîneur qui réussissent et qu'ils ne le sont pas.

Les entraîneurs qui passent du temps à revisionner les matches, à préparer leurs entraînements et autres. Je ne suis pas unique mais je ne vois pas comment on peut réussir sinon.

 

Léo Corcos - Où et quel rôle doit avoir le football féminin, selon vous (la fronde des Américaines pour réclamer l'égalité salariale, ndlr) ?

G. P. - Vous êtes jeunes, vous êtes de la même génération que mon fils, à peu près. Je ne veux pas avoir un discours d'ancien combattant mais j'ai tellement connu le football féminin - pas à ses débuts - mais il y a 20 ans, j'ai fait même la Ligue de Paris. J'ai connu le football amateur où les filles se battaient pour avoir la moindre reconnaissance ou considération par rapport au football masculin. Quand je vois ce qu'elles sont devenues, assez rapidement parce que 20 ans, ce n'est pas tant que ça. Aujourd'hui, ce sont des stars, des professionnelles, elles ont des contrats publicitaires.

Je trouve qu'il y a une évolution tellement importante, que moi, de mon côté, je trouve que ce serait indécent de critiquer ces différences. Comme je le répète, je les ai pas connues au sein de la Fédération, ni à l'Olympique Lyonnais. Par contre, je suis d'accord avec vous sur l'exemple des USA. Ce combat, il ne faut pas l'arrêter. Il faut rester unis, il faut continuer ce combat. Franchement, c'est l'évolution. Sur cette dernière Coupe du Monde, les stades étaient pleins. Vous vous rendez compte ? Aucun match n'était retransmis sur une télé [dans le passé]. Aujourd'hui, les grandes chaînes, les grands médias diffusent les matches sur les écrans, sur la toile, sur l'ordinateur. 

Karim Erradi & Dounia MESLI