Frédéric Goncalves, le jeune coach du HAC se livre sur son parcours, ses idées sur le football, les bases de son coaching et ses origines portugaises dont il puise des sources fortes qui rejaillissent sur son groupe.

 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Mon parcours est assez particulier car je suis Parisien et je ne suis quasiment resté qu’en région parisienne. J’ai commencé à entraîner assez jeune, à 18 ans et je me suis retrouvé à diriger toutes les catégories garçons des U8 aux seniors sur plus de 20 ans. En 2015, j’ai eu la proposition d’aller entraîner l’équipe U19 féminines à Juvisy. J’ai fait 2 ans là-bas avec la première année où je ne me suis occupé que des 19 ans et la deuxième année, il y a eu la création de la section sportive où j’ai pu être entraîneur. Puis je suis parti à Saint Maur à la VGA et j’ai pu entraîner l’équipe première et chapeauter toute les section féminine. J’ai ensuite signé en Haute Savoie pour m’occuper des 19 ans féminins dans un club qui s’appelait à l’époque Ambilly avant de devenir Evian Thonon Grand Genève. Puis je suis reparti coacher des seniors garçons à l’ACP 15, la section de Paris 15 avant de signer l’an dernier au Havre en D2 et en D1. En 2009-2010, j’ai passé mon brevet d’Etat et derrière j’ai eu un DU en analyse vidéo et une certification en psychologie du sport et préparation mentale et au final, j’ai obtenu le DES juste avant d’arriver au Havre.

 

Vous pensez avoir un bagage complet? 

Je ne sais pas mais dans le foot féminin, je ne suis pas sûr que beaucoup d’entraîneurs en D1 ont commencé par les 19 ans, puis coacher en D2 avant d’arriver en D1. Ma place en D1, je suis allé la chercher, on ne me l’a pas donnée sur un plateau. Ça m’a forgé, ça m‘a aidé a grandir, à me forger comme entraîneur et à comprendre mieux ce milieu féminin qui est en même temps attractif mais aussi complexe.

 

Pour un promu, vous ne faites pas dans la figuration, vous ne jouez pas sur la défense, mais vous proposez un vrai jeu entre technique et physique, percussion, avec une défense qui fait tout son possible pour ne pas prendre de buts. Comment avez-vous inculqué cela à vos joueuses, votre groupe cette saison de D1 ?

C’est parti de l’an dernier avec une équipe qui vient de descendre de D1. Je signe assez tard mais on fait arriver beaucoup de filles qui n’avaient pas joué depuis octobre et complètement hors de forme. Notre ambition était de prendre le championnat match par match et de poser les fondations pour la suite.

J’ai des joueuses qui ont un potentiel certain, ont les capacités de reproduire ces efforts et d’être dans ce mental. C’est du travail, des entraînements, beaucoup d’échanges, des remises en question. C’est toute la partie immergée de l’Iceberg.

 

La meilleure défense est-elle l’attaque comme le dit l’adage ?

C’est vrai mais on ne peut pas toujours attaquer. Plus les matchs avancent, plus on trouve notre place dans ce championnat et plus on prend notre rythme en D1 et ça c’est important.

 

Quelles sont les différences avec la D2 selon vous ? 

C’est l’intensité, la qualité technique des joueuses et l’aspect athlétique. Tout le monde m’avait prévenu que sur cet aspect il y avait une réelle différence. Le but était de réussir a mettre nos joueuses à la hauteur des autres en D1. On est loin d’être maintenu dans ce championnat mais je pense que nous sommes sur la bonne voie.

 

Est-ce que le fait que les matches soient diffusés sont un avantage ou un désavantage selon vous ? 

Cette année, c’est un avantage car on peut préparer nos matchs sur ce qu’on voit de nos adversaires. L’an dernier en D2, j’ai fait une première partie de saison où je m’étais fortement concentré sur le fait d’inculquer une vraie identité de jeu à mon équipe, d’avoir un vrai projet de jeu et qu’on arrive à le reproduire sur chaque match. Sur la deuxième partie de saison, j’ai pu réutiliser nos matchs que l’on filme pour établir un plan de jeu différent, pour réussir à mettre en difficulté l’adversaire. Cette année, c’est complètement différent car on a les données des adversaires. On essaye d’analyser les qualités et les défauts de nos adversaires pour les contrer. Ça nous aide pas mal c’est vrai d’avoir les images à disposition grâce aux retransmissions.

 

Que pensez-vous de la nouvelle organisation de la D2 pour la saison prochaine avec une poule unique à douze clubs ? 

Je pense que c’est bien et que l’idéal aurait été pour d’éventuels investisseurs et sponsors que la D1 passe à 14 voire à 16 et que la D2 aussi. Je pense que la poule unique en D2 était une nécessité. Ce serait bien aussi que la D1 connaisse un peu plus d’attractivité par rapport aux médias et au grand public.

 

Est-ce que les joueuses ont mal vécu la descente et le fait d’avoir raté de très peu la montée la saison qui a suivi ?

Quand j’arrive, il me reste six filles sans forcément les titulaires de la saison d’avant. Au début, d’un point de vue mental, ça a été très compliqué. Elles avaient perdu l’habitude du cri de guerre par exemple. Je me souviens, après un succès comme celui de Vendenheim, le premier match de la saison dernière, qu’il a été compliqué de retrouver ce cri de guerre matérialisant une victoire. Sur la première partie de saison on avait du mal a retourner des situations, on avait des difficultés dans notre jeu. En deuxième partie de saison, ça a été différent avec neuf succès pour deux nuls en retournant plusieurs situations. Et on voit que cette année, nous poursuivons sur cette dynamique. J’en veux pour preuve le match contre le PSG. Menées 2 à 0, plus d’une équipe se serait effondrée. Nous on y a cru et on a égalisé.

 

Comment est-ce qu’on repart de l’avant avec une équipe traumatisée comme celle que vous retrouvez à votre arrivée au HAC? 

J’étais nouveau avec une nouvelle vision. Il fallait redonner confiance, discuter, changer. L’aspect extra football était important. Après le système, peu importe car si les joueuses n’ont pas confiance en elles, on ne peut rien faire. Il fallait de la motivation, un objectif. On avait zéro pression, sans réel objectif à part l’ambition de gagner chaque match. On ne jouait pas la montée. En janvier, j’ai pris conscience qu’on avait notre mot à dire avec onze matchs a jouer et l’objectif de les remporter tous. Metz à dix contre onze a été un déclic. On gagne, on passe premier. Puis on a continué a faire des résultats, à être productif. Résultat, neuf succès, deux nuls avec une montée au bout. Ça a été du travail, une autre méthodologie. On bat tous les records du club, c’est valorisant pour tout le monde.

 

Vous avez un préparateur mental qui s’occupe des filles? 

Sur la prépa mentale, quelqu’un vient une fois par mois, ça aide à ce que les filles réfléchissent différemment. Mais le gros du travail c’est le quotidien. Je suis convaincu que le mental est important dans le sport de haut nouveau. C’est indéniable, c’est ma façon de voir les choses. Une joueuse qui n’est pas en confiance loupera son match. Il faut se battre pour le ballon. Il faut cet état d’esprit qui fait qu’on évolue et qu’on grandit.

 

Vous avez relancé pas mal de joueuses ou continué à parachever la progression de certaines joueuses. Il y a un sentiment de satisfaction sur ce point ? 

J’ai des joueuses que je connaissais déjà du temps des jeunes et j’en avais de bons souvenirs. Pour la plupart elles brillaient en D2 sans qu’elles soient réellement approchées par des clubs de D1. Après observation et surtout les matchs joués en D2, on a pensé avec le manager qu’avec les meilleures joueuses de D2, on se maintient en D1. Il y a aussi des contraintes budgétaires. Une fille de D1 confirmée prend deux à trois fois plus de salaires que des joueuses du niveau en dessous qui ont la volonté de retourner en D1. Pour ces filles qui se relancent et ont l’opportunité de se montrer en D1, elles le doivent exclusivement à leur travail et à leur abnégation. 

 

Est-ce que vous ressentez des joueuses à l’écoute, ou est-ce difficile parfois de gérer autant de filles ?

Gérer des filles, c’est différent des garçons. Mon groupe est encore différent des autres car j’ai des filles de caractère. J’ai cette force de pouvoir m’en sortir aujourd’hui grâce à mon staff technique. Mais dans la gestion humaine, des émotions, j’ai des filles qui ont parfois du mal a les gérer. Il arrive qu’il y ait des mésententes. Mais jamais rien de bien méchant. De plus; elles ont ce respect de la hiérarchie et savent que l’entraîneur et le staff sont là pour poser un cadre et faire grandir l’équipe. Au final j’ai surtout des joueuses intelligentes; compétitrices. C’est de la gestion d’émotions, sur le terrain, ces émotions sont exacerbées. C’est mon rôle de les canaliser et les mettre dans la lumière.

 

Vous inspirez-vous de joueurs, joueuses, clubs, nations dans votre parcours de coach et aujourd’hui au HAC ? 

J’aurai bien voulu m’inspirer de Ronaldo le brésilien mais il est au dessus. En tant qu’entraîneur, je me suis plus inspiré de ce que j’ai pu vivre en tant que joueur, des entraîneurs que j’ai eu, garder le bien, le pas bien. Ma sensibilité au football vient de mes origines portugaises avec la volonté de jouer de garder le ballon au sol. J’étais défenseur central mais j’ai eu une formation de libéro. Je prenais énormément de risques dans mes relances. Je le demande à mes joueuses. Parfois, on peut en subir les conséquences mais je pense que c’est une marque de confiance envers mes joueuses mais aussi une marque d’amusement. Je veux que mes joueuses se fassent plaisir. Elles ont la chance de vivre de leur passion. En football, c’est très important, il faut avoir cette notion de plaisir et c’est de bien jouer au football pour s’épanouir. J’aime beaucoup comment joue Benfica cette saison. Je regarde beaucoup le football masculin pour m’inspirer de certains aspects.

 

Le football, vous avez ça dans le sang vous les portugais?

J’ai bercé là-dedans depuis tout petit. Au Portugal, on parle football. C’est important dans les discussions. Le football là-bas, c’est comme la religion.. Je suis né Paris, j’ai une double culture mais on oublie pas nos racines. J’ai vécu au Portugal quand j’avais 11 ans, ça a décuplé ma passion. A l’époque, ma vie c’était que le football. C’est aussi un échappatoire, on se rattache au ballon rond. Après, sur l’aspect tactique et technique, je pense que dans ma manière de jouer en tant que joueur, cette sensibilité portugaise a joué. 

Dans la manière de gérer un groupe et d’entraîner, j’ai une forte influence française de part ma formation d’entraîneur. Je suis donc sur l’aspect sportif un mélange de ces deux belles cultures.

 

Comment expliquez-vous que sélection masculine et féminine n’ont toujours pas remporté la coupe du monde pour les masculins ou joué un rôle majeur en compétitions pour les féminines, qui jouent leur qualification pour le mondial prochainement ? 

Les féminines ont pris du retard. Le Portugal est un pays de 12 millions de personnes. C’est un petit pays. Et déjà sortir autant de grands joueurs, de grands entraîneur avoir le plus grand agent du monde avec Jorge Mendes, c’est formidable. L’intégralité de la population du Portugal, c’est la région Ile de France. Pour moi la seleçao part au Qatar avec la meilleure sélection de son histoire. Mais la coupe du monde c’est très dur à gagner. En 2006, le Portugal aurait du la gagner. En 2010, 2014, ça a été un flop. En 2018 la sélection n’a pas joué à sa juste valeur. En 2016, le titre de champion d’Europe en France a été un grand plaisir pour tous les gens à la double nationalité de voir le Portugal gagner en France. Pour les féminines, il y a une belle évolution. Mais on part de très très loin. La France n’a jamais gagné la coupe du monde malgré de très belles générations. Gagner cette compétition est très très compliqué. Il faut déjà que le Portugal se qualifie en coupe du monde. Et de là a penser à la remporter, il faudra au moins 20 ans avant d’y songer. Chez les jeunes, les filles se qualifient de plus en plus pour les compétitions majeures. La sélection est en tout cas sur le bon chemin. Là-bas ils font le maximum pour le foot féminin, des pubs à la télé. C’est bien.

 

Le Portugal a-t-il un lien avec le Brésil ?

Beaucoup de Brésiliens vivent au Portugal et vice versa. Je trouve que la langue portugaise du Brésil est plus chantée. Dans la mentalité, la langue nous rapproche, l’esprit de famille, de convivialité, le côté festif, l’aspect religion aussi. On va dire qu’on est cousins lointains avec la passion du football en commun.

Propos recueillis par Dounia Mesli