Avant de rejoindre Bordeaux ce mois de janvier, Mylaine Tarrieu a débuté sa carrière à l'Olympique Lyonnais avec qui elle va tout gagner. Face à la concurrence présente à Lyon, la jeune attaquante décide de quitter son club de coeur pour avoir plus de temps de jeu. Un cas qui n'est plus si unique aujourd'hui chez les internationales françaises. Pour sa nouvelle aventure, nous l'avons contactée* pour avoir son ressenti sur son arrivée en Gironde et échangé sur ses prochains objectifs sous ses nouvelles couleurs et en sélection. Portrait.

 

 

Coeurs de Foot - Comment se passe ton intégration à Bordeaux ?

Mylaine Tarrieu - Ca se passe bien, j'ai bien été accueillie. On a toujours une appréhension quand on arrive dans un nouveau club, mais au final tout s'est bien passé, les filles ont vraiment été sympa et on travaille bien. Le groupe vit bien.

 

CDF - Tu connaissais des joueuses de Bordeaux ?

M.T. - Ghoutia [Karchouni], Nadjma [Ali Nadjim] et Lindsey [Thomas].

 

CDF - Nadjma et Lindsey, ce sont deux joueuses avec qu'il faut s'entendre sur le terrain ?

M.T. - Oui les affinités on les a. On les avaient depuis Lyon avec Nadjma et en jeunes avec Ghoutia [en sélection]. Donc les affinités sont toujours là.
Je suis arrivée à l'âge de 15 ans à Lyon, alors avec Nadjma on se connaît depuis longtemps. On a joué en U18 et U19 ensemble si je me trompe pas.

 

CDF - D'accord, alors j'ai su que tu jouais plus axiale dans ta formation, mais qu'avec l'OL tu as été placée côté gauche et même maintenant à Bordeaux avec le duo Ali Nadjim/Thomas.

M.T. - Quand je suis arrivée à Lyon, oui je jouais beaucoup dans l'axe. Mais après jouer sur les côtés ça ne me dérange pas. Parce que j'aime bien, par rapport à ma vitesse prendre les couloirs. Je n'ai pas vraiment un poste préférentiel.

Oui j'ai été replacée à gauche, exactement. 

 

CDF - Donc vous formez le trio offensif de Bordeaux aujourd'hui ?

M.T. - On essaye d'apporter ce qu'on sait faire pour aider l'équipe.

 

CDF - Est-ce que cette adaptation à ton nouveau rôle te convient ? Tu m'as dit que tu avais bien été formée dans l'axe et que tu as été replacée à gauche. Est-ce que ce nouveau "poste" ça ne te dérange pas ?

M.T. - Non pas du tout. Après il faut que je reprenne un peu mes marques parce qu'à Lyon je jouais latérale gauche, donc j'avais un peu perdu mes automatismes de milieu, mais ça va revenir. Déjà je trouve que c'est revenu [avec Bordeaux].

 

CDF - Comment ça s'est passé alors ton prêt de Lyon à Bordeaux ?

M.T. - Comment ça s'est passé ? Bah j'avais peu de temps de jeu à Lyon et j'avais besoin de jouer et Bordeaux était intéressé. Tout en discutant avec le coach [Jérôme Dauba], le courant est bien passé et on a parlé des installations, des entraînements et ça m'a plu. J'ai fait mon choix ainsi d'aller à Bordeaux et je ne regrette pas.

 

"Jouer au football comme je sais le faire"

 

CDF - Tu es une joueuse très discrète. A Lyon je crois que tu t'entendais bien avec Elodie Thomis. C'est aussi une joueuse discrète mais sur le terrain elle imposait le respect et elle faisait également quelques interviews. C'était important. Qu'est-ce qu'elle t'a donné comme conseils pour ta carrière, ton jeu, ou même ta façon d'être peut-être ?

M.T. - Elle me donne toujours des conseils et je pense qu'elle m'en donnera toujours. C'est une joueuse avec qui je m'entends bien. Pour moi c'est comme ma grande soeur. Et oui effectivement elle m'a donnée des conseils quand je suis partie pour Bordeaux. Elle m'a dit de me lâcher plus, de me libérer parce qu'elle sait que je suis une joueuse comme on dit réservée, timide, qui ne parle pas beaucoup et elle m'a dit à Bordeaux de me lâcher.

D'être venue à Bordeaux ça va aussi me permettre de sortir un peu de mon cocon à Lyon et comme ça, ça va me permettre de m'ouvrir à d'autres personnes. Elle m'a dit aussi de prendre du plaisir, de m'amuser, de jouer au football comme je sais le faire, de ne pas être timide, de m'ouvrir...

 

CDF - Ce sont de bons conseils. Ca se voit qu'elle tient un peu à toi même si dans le football on sait qu'il y a beaucoup de concurrence...

M.T. - Oui ce sont des bons conseils. Oui (rires) on a pratiquement le même poste. Mais elle jouait de l'autre côté...

 

CDF - Est-ce que tu penses que justement ton caractère, où l'image que tu renvoies ne te dessert pas parfois ? 

M.T. - Oui je sais que le fait d'être réservée ça peut jouer en ma défaveur peut-être. J'essaye de travailler sur moi, il faut que je sois libre dans ma tête. Il ne faut pas que je sois timide, introvertie tout ça. Mais après c'est vrai que c'est dur parce que c'est comme ça que je suis. Je sais qu'être à Bordeaux ça va me faire passer un autre cap.

 

"Tu sors des U19, tu fais la Coupe du Monde et

quand tu reviens, tu t'entraînes qu'avec les pros"

 

CDF - Alors j'ai vu tes stats, 36 buts en 18 matches avec les U19, je crois qu'il n'y a aucune joueuse qui a fait mieux que toi. C'est une stat énorme. Pourquoi tu ne t'es jamais imposée après ça alors ?

M.T. - (blanc) Oui exactement, c'était ma dernière année de formation avec Lyon en U19. Oui à ce moment-là j'avais explosé. C'est ça qui m'a ouvert les portes des U20, avec qui j'ai pu connaître la Coupe du Monde U20 au Canada [en 2014].

Durant la Coupe du Monde en fait, j'ai eu une blessure au genou, au ménisque... Je signe mon premier contrat professionnel avec l'OL, et je fais des soins et tout. Mais pour retrouver mon niveau, ça a été dur, parce que ça change. Tu sors des U19, tu fais la Coupe du Monde et quand tu reviens, tu t'entraînes qu'avec les pros donc pour retrouver du rythme, pour retrouver mon jeu, ne pas avoir d'appréhension au niveau du genou... J'ai un peu galéré parce que je me suis à nouveau blessée après ça.

(léger blanc) Oui ça a été un peu dur de m'imposer mais je n'ai jamais baissé les bras, j'ai toujours continué à travailler. Après j'ai quand même été réserviste à l'Euro 2017 sous Echouafni. J'ai quand même été appelée en équipe de France B à plusieurs reprises donc... Après il faut travailler et travailler et je me dis qu'un jour je pourrais frapper à la porte de l'équipe de France A. Là j'ai un coach qui me fait confiance, je vais pouvoir retrouver du temps de jeu, commencer à rejouer tous les week-end et ça ira.

 

"Il faut travailler et travailler et je me dis

qu'un jour je pourrais frapper à la porte des A"

 

CDF - Tu as des objectifs en ligne de mire...

M.T. - Oui j'ai des objectifs qui sont dans un coin de ma tête et que j'oublie pas. Y'a la Coupe du Monde 2019 qui est en France et ça c'est un truc que j'aimerai réaliser.

 

CDF - Tu n'as que 22ans en plus...
M.T. - 23 (rires) je les ai eu le 5 janvier.

 

CDF - Je pense que c'est le discours de Corinne Diacre qui a aussi fait écho en toi ?

M.T. - Même avant qu'elle arrive Corinne Diacre, je voulais être prêtée dans un autre club pour avoir justement plus de temps de jeu, mais ça a pris plus de temps que prévu. Maintenant les chances sont entre mes mains, c'est à moi de montrer ce que je sais faire et d'apporter un plus à Bordeaux, qui est une équipe merveilleuse. C'est un nouveau challenge et je pense bien à le relever et que ça se passe bien.

 

CDF - Pour reparler de ton jeu, tu es plutôt milieu de terrain ou attaquante ? 

M.T. - (elle hésite) Je vais dire milieu de terrain mais si on me met attaquante, s'il a besoin de moi en attaque il n'y a pas de soucis. Tout ce qui est offensif il n'y a pas de problème, si je suis à droite à gauche ou en pointe, j'ai pas de soucis avec ça. Mais je pense que mon poste premier c'est milieu de terrain.

 

 "Au fil des matches je vais monter en puissance

et je pourrais aider mieux l'équipe."

 

CDF - Pour ton premier match de D1 avec Bordeaux, tu as affronté Fleury. Qu'est-ce que tu peux nous en dire ? Comment ça s'est passé pour toi ? 
M.T. - On fait match nul (3-3) mais on avait les qualités pour gagner ce match. Ca reste quand même un pas si mauvais résultat que ça, puisqu'on a pas perdu (Bordeaux à égalisé en toute fin de match).

Mon match personnellement ? Il faut que je retrouve mes repères. Ca faisait un moment que je n'avais pas joué parce qu'avant de partir en vacances, j'avais été arrêtée deux semaines après une blessure à la cuisse... Sinon ça va, je dirais pas que j'ai fait un match parfait, mais ça reste mon premier match et je sais que je suis capable de faire plus. Au fil des matches je vais monter en puissance et je pourrais aider mieux l'équipe.

 

CDF - Tu as fait une passe décisive, mais j'ai vu que tu avais raté un ballon pour un but ? 

M.T. - Oui j'ai fait une passe décisive en deuxième mi-temps. Oui c'est vrai [j'avais un ballon pour un but] en première mi-temps et (rires nerveux) je sais pas ce que j'ai fait peut être que c'est trop de pression, je sais pas. Peut être que je m'attend pas aussi à ce que la gardienne relâche le ballon et je me précipite un peu trop et du coup le ballon dévie complètement.

 

CDF - Ca c'est des choses pour une joueuse comme toi, qui doivent rester en travers ?

M.T. - Oui c'est sûr que tu y penses parce qu'à ce moment là, on aurait pu revenir à 1-1 mais il faut passer à autre chose. Il faut vite se remettre dans le match, parce que sinon tu peux en sortir. Pour moi, une joueuse de haut niveau il faut vite que je passe à autre chose et me remettre dans mon match.

 

CDF - Mais maintenant tu sais que sur ce point là, devant le but, tu dois t'améliorer ? 

M.T. - Oui c'est sûr que je dois m'améliorer sur ça. Après comme je l'ai dit une fois que la confiance va revenir, ça ira tout seul.

 

CDF - C'est un manque de confiance ? Ou le fait que tu n'arrives pas à t'imposer ?

M.T. - Non quand je dis confiance, c'est de pouvoir jouer les matches. Après c'est toujours difficile d'être dans un grand club et de ne pas pouvoir enchaîner les matches tous les week-ends. Donc du coup on a pas forcément les mêmes moteurs [automatismes dans son jeu]. Après il faut aussi avoir confiance en soi parce que si on a pas ça, c'est sûr que ça n'ira pas.

 

CDF - C'est vrai qu'à Lyon à ton poste il y avait beaucoup de concurrence, pour ne citer que Schelin, Hegerberg, ou encore Le Sommer. C'est difficile de s'imposer et avec ton très jeune âge c'est pire. Tu le savais ? C'est quand même un moyen pour toi d'apprendre au côté de ces joueuses ? 

M.T. - Oui je sais, il y avait une grosse concurrence. Après c'est comme ça dans tous bons clubs, c'est pour ça que dans le mental et le caractère, il faut être solide, il faut travailler et travailler. Mais à Lyon ça s'est toujours bien passé, y'a toujours eu une bonne entente. J'ai beaucoup appris aux entraînements. C'était une concurrence saine. Quand tu as une Lotta Schelin, une Ada Hegerberg, une Eugénie Le Sommer tu ne peux que progresser aux entraînements. Après c'est sûr que c'était difficile de s'imposer en tant que jeune pour jouer. Mais il faut aussi penser au positif, avec ces joueuses là tu apprends beaucoup de choses, parce qu'elles te donnaient beaucoup de conseils. 

 

CDF - Comment est-ce qu'on vit cette situation d'être dans le meilleur club d'Europe sans pouvoir prendre part aux matches ? Ca devait être frustrant pour toi d'être sur la feuille de match, mais sans pouvoir jouer ?

M.T. - Oui c'était frustrant, chaque joueuse a envie de jouer mais c'est les choix du coach, c'est comme ça. Mais après j'ai vécu de belles années à Lyon, j'ai gagné beaucoup de titres. 

 

CDF - Tu m'as parlé d'Elodie Thomis tout à l'heure, mais quelle autre joueuse t'as appris dans ton jeu ?

M.T. - (Hésitation) Avec Lotta Schelin on parlait beaucoup, lors de ma première année en D1, quand j'avais signé. On se parlait quand il y avait des exercices spécifiques pour les attaquantes. Je parlais aussi beaucoup avec Wendie Renard même si elle n'a pas un profil offensif (sourire) mais pour moi, pareille, c'est comme une grande soeur. Elle me donnait beaucoup de conseils. Après on se parlait toutes, et quand les joueuses ont plus d'expériences, elles nous épaulent, comme Camille Abily. Et toutes les joueuses que j'ai pu citer, Ada, Eugénie, Elodie...

 

"C'est comme un rêve de gosse qui se réalise."

 

CDF - Tu absorbais un peu ce que tu voyais d'elles ?

M.T. - Oui c'est sûr quand tu sors de la formation [U19] et que tu arrives dans l'élite, tu n'es pas surprise mais ça fait plaisir de te dire que tu t'entraînes avec les Eugénie Le Sommer, les Camille Abily, les Lotta Schelin alors que tu les regardais à la TV quand tu étais en U19 jouer la Ligue des Champions. Donc c'est comme un rêve de gosse qui se réalise.

 

"J'ai toujours été humble en fait dans la vie,

même avant de signer professionnelle."

 

CDF - On a l'impression que tu es humble dans ton discours, et que tu es réservée parce que tu ne veux pas perdre cette humilité justement ?

M.T. - (elle réfléchit) J'ai toujours été humble en fait dans la vie, même avant de signer professionnelle. Et c'est pas parce que j'ai signé pro que je vais prendre la grosse tête, pour moi ça ne sert à rien, il faut toujours garder les pieds sur terre parce que le football ça va vite, tu peux être en haut comme à tout moment tu peux être en bas. 

Après je pense que c'est aussi dans mon éducation, avec mes parents et c'est quelque chose que je met en pratique [dans le football]. Après peut être que ça peut jouer aussi le fait d'être réservée, mais quand je suis avec mes amis, ma famille je le suis pas (rires), je suis pas du tout la Mylaine [qu'on voit] (rires). 

 

CDF - C'est pour ça que tu as peur de te mettre en avant j'ai l'impression ?

M.T. - Non je pense pas. Je pense que si on vient pas m'aborder, je ne vais pas forcément vers les gens. 

 

CDF - Mais tu es footballeuse, tu sais que ça entraîne beaucoup de choses ?

M.T. - Oui après je sais, je suis footballeuse, mais je reste quelqu'un comme tout le monde. J'ai un beau métier, mais il faut rester humble.

 

* Interview réalisée lundi 15 janvier, le lendemain de son premier match de 13e journée (Bordeaux vs Fleury : 3-3). 

Photo : Nicolas Lacambre

Dounia MESLI